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Guinée : qui succédera à Alpha Condé ? L’éternel débat

Par - envoyé spécial

Sidya Touré, candidat à l'élection présidentielle de 2010 et leader du parti l'Union des forces républicaines, à Conacry, le 27 juin 2010. © Idrissa Soumare/AP/SIPA

La présidentielle n’aura lieu que dans trois ans et demi, mais la question de savoir qui mieux qu’« Alpha » pourrait succéder à « Alpha » ne manque pas d’agiter les esprits au sein du RPG.

«Personne, je dis bien personne, ne me dira ce qu’il faut faire, excepté le peuple de Guinée. Je ne rentrerai pas dans ce débat de limitation des mandats. » Cette phrase, prononcée par Alpha Condé en mai 2016 lors d’une conférence de presse, continue d’alimenter les débats quant à son hypothétique candidature à la présidentielle de 2020. D’autant que, dans les rangs de la majorité, ses éventuels successeurs ne se bousculent pas au portillon.

Kassory Fofana favori

Certains observateurs estiment que, pour le moment, le seul qui soit crédible est Ibrahima Kassory Fofana, le ministre d’État à la présidence chargé des questions d’investissements et du partenariat public-privé. Pressenti un temps pour prendre la tête du gouvernement au début du second mandat d’Alpha Condé – tâche finalement confiée à Mamady Youla fin décembre 2015 –, Kassory Fofana, 62 ans, est bien resté dans l’exécutif, mais côté Sékoutoureya.

L’ex-ministre des Finances y assure une mission particulièrement stratégique, puisqu’il coordonne les efforts déployés, dans le pays et à l’étranger, pour mobiliser les ressources nécessaires aux investissements prioritaires définis par le chef de l’État. En d’autres termes, il est sa tête chercheuse en financements et son bras droit en matière d’investissements. Il est aussi celui qui sait se faire discret, tout en approfondissant ses réseaux à l’étranger, avant de se lancer, peut-être, dans la bataille électorale. Son point faible ? Il est un peu trop loin des gens.

Autre possible prétendant évoqué au sein du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-Ciel), lui aussi ancien ministre des Finances : Ousmane Kaba, 62 ans. Exclu du parti présidentiel en juin 2016 pour avoir vertement critiqué des propos du chef de l’État, le député s’est réconcilié deux mois plus tard avec Alpha Condé et a été réintégré. Mais s’il parle aux militants de base du RPG, les cadres du parti le jugent « ingérable ».

Et Sidya Touré ?

Enfin, quelques-uns continuent de penser que Sidya Touré, le leader de l’Union des forces républicaines (UFR) et ex-numéro deux de l’opposition, pourrait être le dauphin d’« Alpha » en 2020. Arrivé troisième à la présidentielle d’octobre 2015, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté a accepté, dès le mois de janvier suivant, le poste de haut représentant du chef de l’État (créé pour lui). Meneur d’hommes avisé, plusieurs fois candidat à la magistrature suprême, il est apprécié à Sékoutoureya. Point faible : son âge, 72 ans. Par ailleurs, bien qu’il soit considéré comme un « conseiller très spécial » du palais, Sidya Touré n’en reste pas moins le président de l’UFR. Donc, s’il décidait de se présenter en 2020, ce serait plus probablement sous la bannière de son propre parti.

Alors, qui pour succéder à Alpha Condé ? « Lui-même ! » entend-on ici et là au sein du parti présidentiel, dont certains cadres, comme l’ancien ministre Alpha Ibrahima Keira, appellent ouvertement à une modification de la Constitution. « C’est le peuple qui va demander un troisième mandat pour Alpha Condé, tellement il travaille. Que cela plaise ou non, c’est cela la vérité », a déclaré fin janvier la coordinatrice nationale du RPG Arc-en-Ciel, Hadja Nantou Chérif.

Il n’en fallait pas plus pour que les leaders de l’opposition montent au créneau. À l’issue de leur réunion plénière, le 7 février, ils annonçaient la création du Front uni contre un troisième mandat.

Vaine polémique

Le chef de l’État reste muet sur la question. « Qui ne dit mot consent, comme veut le vieil adage… » ironise Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition. « Lansana Conté a déjà modifié la Constitution en 2001, et son dernier mandat fut le plus violent de notre histoire politique », prévient Faya Millimono, président du Bloc libéral.

Rappelant que le président guinéen a été l’un des principaux instigateurs du départ de l’ex-autocrate gambien, Yahya Jammeh, en janvier, et qu’il aura bien d’autres priorités d’ici là, notamment en tant que président de l’Union africaine, un ministre balaie ce qu’il considère comme de vaines polémiques : « En 2020, Alpha aura 82 ans. C’est un démocrate qui a déjà derrière lui une longue carrière de lutte politique, marquée par l’emprisonnement et l’exil, pourquoi serait-il tenté par une nouvelle carrière de dictateur ? »

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