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Tourisme en Guinée : chasse aux trésors dans l’archipel des îles de Loos

Par - envoyé spécial

L'île de Roume, en Guinée, en janvier 2010. © Youri Lenquette/JA

Nature préservée, pêche sportive ou farniente, histoires de pirates en prime. À quelques kilomètres au large de Conakry, les îles de Loos sont un petit paradis.

Sur l’embarcadère situé au pied de l’hôtel Petit Bateau, au bout de la presqu’île artificielle construite sur le littoral nord de Kaloum, protégés par l’immense digue de la Prudente, les pêcheurs conakrykas retapent leurs pirogues ou remaillent des filets en sifflotant au rythme des sirènes de cargos. Lorsque, bercé par le crachotement du moteur Diesel, on s’éloigne de la capitale pour les îles de Loos, on a l’impression d’embarquer pour le bout du monde. Entre le phare de la Prudente et l’île de Kassa, la plus à l’est de l’archipel, les pirogues dépassent les carcasses d’immenses navires rouillés par le temps : autrefois, les armateurs préféraient couler leurs bateaux en fin de vie plutôt que de devoir payer leur démantèlement.

On sait que l’on s’apprête à aborder des terres de légendes, de celles dont les pirates avaient fait leurs fiefs

En seulement quarante minutes, les sept kilomètres qui séparent le continent du petit eldorado sont parcourus. Et c’est un véritable dépaysement. L’archipel est constitué d’îlets inhabités (Cabri, Blanche, Corail et Fousset) et de trois îles principales (Kassa, Roume et Tamara), dont la disposition circulaire a longtemps laissé croire qu’elles étaient d’origine volcanique. Côté océan, les vagues sont spectaculaires – idéales pour la pêche – et, côté intérieur, la mer est calme, parfaite pour la baignade.

« L’île Usine » des Anglais

Du XVe au XXe siècle, les îles de Loos sont passées sous domination portugaise, britannique (1818-1904), puis française (1904-1958). Dès que l’on s’en approche, on sait que l’on s’apprête à aborder des terres de légendes, de celles dont les pirates avaient fait leurs fiefs. Elles servirent aussi de dépôt d’esclaves, jusqu’aux années 1840. « C’est étonnant car les livres d’histoire ont oublié le rôle prépondérant que joua cet archipel en matière de commerce triangulaire, rappelle l’historien Djibril Tamsir Niane.

D’immenses comptoirs américains, britanniques, portugais et même français y avaient été installés. Ils se partageaient les bénéfices d’un commerce qui profitait aussi aux roitelets locaux. » Sur l’île de Kassa subsistent aussi quelques vestiges des anciens entrepôts de bauxite et de fabriques d’huile, témoins du passé économique de l’île, que les Anglais avaient d’ailleurs baptisée Factory Island (« île Usine »).

Nature préservée

Mais ce sont les paysages de Roume qui auraient inspiré à l’Écossais Robert Louis Stevenson le décor de L’Île au trésor, dans les années 1880. En plongeant le pied dans les eaux tièdes qui la bordent, au nord, on imagine aisément l’atmosphère qui régnait alors sur ce petit bout de terre à la végétation luxuriante et assez bien préservée, malgré, çà et là, quelques villas peu respectueuses du style local, construites par de riches familles d’entrepreneurs conakrykas. Ici tout est paisible. Hormis le week-end, lorsque les plages sont prises d’assaut par les baigneurs venus du continent.

Aux abords du débarcadère, on peut savourer au restaurant Chez Cloclo les premiers trésors de l’archipel – ses commandos (petites langoustes) – en écoutant le roulement des tambours qui proviennent du petit village voisin, en retrait de la mer. Sur les hauteurs, avec sa dizaine de bungalows dissimulés derrière des cocotiers, l’hôtel Le Sogué offre un véritable havre de paix doté d’une vue panoramique sur la baie qui, en miniature, rappelle celle de Rio de Janeiro.

Entre légendes romancées…

Non loin de là, au milieu de la jungle, subsistent les ruines rongées par la végétation d’un ancien fortin érigé par les Britanniques au début du XIXe siècle. C’est de là qu’étaient lancées les opérations contre les navires négriers. Et c’est lors de sa cession aux Français dans le cadre de l’Entente cordiale, en 1904, que Crawford Island prit le nom d’Ernest Roume, gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française (AOF) de 1902 à 1907.

Dans les  cellules, on retrouve les noms de certains hôtes illustres, gravés dans la pierre, comme « Alpha Yaya Diallo. Exilé : 1911-1912 »

Y a-t-il eu un jour un trésor sur Roume ? « S’il y en a un, personne n’en a jamais entendu parler », raille Ibrahim, le guide. « Le trésor, c’est la douceur du climat, les plages de sable fin et le dépaysement », résume un vacancier nigérian. Quant à savoir si l’île a servi de modèle à Stevenson… Le professeur Tamsir Niane est catégorique : « C’est une pure légende, qui n’a aucun fondement historique et dont les guides touristiques se sont emparés pour ajouter un peu de mystère à l’archipel ! »

… et véritable histoire coloniale

Peut-être faut-il chercher le trésor sur Tamara ? Située à quinze minutes de Roume en pirogue, c’est la plus à l’ouest, la plus grande et sans doute la plus mystérieuse des îles de l’archipel. Les insulaires l’appellent généralement Fotoba (« l’île des Blancs »). À peine accoste-t-on sur ce qui reste du vieux port en pierres que, à la vue du pénitencier qui le surplombe, on est pris d’une sensation de vertige. Qui se transforme en pesanteur lorsque l’on emprunte le chemin pavé de grandes dalles que suivaient les bagnards, boulets aux pieds, pour arriver à son portail. Construit au début du XXe siècle par les Français pour y emprisonner des criminels et opposants politiques acheminés depuis toute l’AOF, il fut fermé dès l’indépendance, en 1958.

Dans les ruines (en assez bon état de conservation) de l’immense bâtiment en U, on retrouve les cellules, dont les noms de certains hôtes illustres ont été gravés dans la pierre, comme « Alpha Yaya Diallo. Exilé : 1911-1912 ; puis en Mauritanie ». Ce guerrier peul, plus connu sous le nom de « roi de Labé », l’une des provinces du Fouta-Djalon, avait eu le tort de fomenter un soulèvement contre l’autorité coloniale française. Il séjournera un an au pénitencier de Fotoba, avant d’être déporté au bagne de Nouadhibou, en Mauritanie, où il mourra quelques mois plus tard.

De la présence européenne, reste aussi le village de Boom (qui tient son nom du bruit des coups de canon), sa petite église anglicane érigée en 1870, quelques maisons de maître construites juste à côté, sans oublier le métissage de sa population, à majorité chrétienne.

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