Gestion urbaine : un plan de grand nettoyage prend forme à Conakry

Renovation des ronds points et espaces verts de la ville sous l'impulsion du gouverneur Mathurin Bangoura, Conakry, Guinée, janvier 2017. © Youri Lenquette/JA

Un vaste chantier d’assainissement est en cours à Conakry. Et il y a du travail… Objectif : libérer la ville des embouteillages et, surtout, des monceaux de déchets qui la défigurent.

Pour que Conakry puisse être aménagée et commence à ressembler à une métropole, Louncény Camara, le ministre de la Ville et de l’Aménagement du territoire (nommé en mai 2015 et reconduit dans le gouvernement Youla), a engagé fin 2015 un vaste programme de lutte contre l’occupation illégale des domaines de l’État. Depuis, dans tous les quartiers – à commencer par ceux de Kaloum, au centre-ville –, nombre de maisons, boutiques et lieux de cultes sont chassés à coups de bulldozers des sites qu’ils occupaient sans autorisation. Une opération qui devait, après la saison des pluies, se poursuivre dans les autres communes.

Rétablir une circulation normale

Nommé à la tête du gouvernorat de Conakry en mars 2016, le général Mathurin Bangoura, ex-ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, veille à remettre de l’ordre dans les rues asphyxiées de la capitale, afin que les espaces publics ne soient pas annexés par les constructions et les étals sauvages, que les principaux axes de circulation soient libérés des embouteillages et, surtout, que la ville se débarrasse des tas de déchets qui la défigurent.

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C’est sur l’échangeur menant au marché Madina, le plus grand du pays, que le gouverneur de Conakry est à la manœuvre ce matin-là. Il donne des instructions pour fluidifier la circulation, demande aux uns d’interpeller un conducteur mal stationné, envoie les autres débloquer un bouchon qui s’est formé un peu plus loin…

Agir sur le terrain

Comme presque tous les jours depuis un an, il a déserté son bureau de Kaloum pour se rendre avec ses hommes de la police communale sur le front, dans les quartiers du centre-ville comme dans ceux de la banlieue, où ils livrent bataille contre les embouteillages, l’occupation anarchique de l’espace public et l’insalubrité. Ses troupes, dont la journée commence à 7 heures et finit à 23 heures, ont déjà réussi à libérer la passerelle de Madina des ordures qui l’envahissaient.

Depuis fin 2016, une police verte rappelle à l’ordre ceux qui ne respectent pas les règles de salubrité

Elles ont aussi fait déguerpir le méli-mélo de vendeurs et de quémandeurs qui bloquait la circulation des véhicules comme celle des piétons, et où les pickpockets s’en donnaient à cœur joie. « Il y avait partout des nids de bandits que nous avons cassés », explique le gouverneur. Et de s’interrompre aussitôt. « Ce pont risque de céder bientôt ! » alerte-t-il en se penchant pour montrer une partie de l’ouvrage dégradée par les feux que des riverains ont allumés, une solution adoptée par certains Conakrykas pour se débarrasser des montagnes d’immondices.

Ras-le-bol des citoyens face à l’insalubrité de la ville

En effet, alors que la ville est encore sous-équipée en matière de collecte et de stockage des déchets (une seule grande décharge, pas d’unité de traitement et de recyclage), nombre de ses habitants jettent n’importe où leurs ordures ménagères et déchets en tous genres. Pour les éliminer, certains y mettent le feu, multipliant les risques d’incendies. Et aux problèmes sanitaires et environnementaux engendrés par les déchets viennent s’ajouter ceux des fumées toxiques dégagées par les brasiers…

Mais Mathurin Bangoura semble bien déterminé à poursuivre les actions engagées pour assainir la ville. Il compte aussi beaucoup sur la sensibilisation de ses concitoyens et espère faire changer les mentalités des Conakrykas.

Ce problème d’insalubrité a pris de telles proportions que des activistes s’en sont emparés, comme la blogueuse Fatoumata Chérif. Depuis décembre 2016, elle a lancé une campagne « SelfieDéchets » sur les réseaux sociaux : elle y poste des photos ou vidéos « chocs » où elle pose devant des tas d’ordures pour dire son ras-le-bol des nombreuses décharges à ciel ouvert qui souillent les rues et les plages de la capitale.

Des agents de polices et des poubelles

Fin 2016, le gouverneur a créé une police verte : un contingent de 200 contractuels sommairement formés, constitué pour surveiller les espaces verts ou déguerpis afin de les maintenir propres et d’empêcher qu’ils soient réinvestis. Ces agents rappellent à l’ordre les citoyens qui ne respectent pas les règles de salubrité et apportent une aide considérable dans la régulation de la circulation.

Pour assurer ces missions, le gouvernorat dispose d’un budget annuel de 25 milliards de francs guinéens (moins de 2,5 millions d’euros), que Mathurin Bangoura estime insuffisant : il en faudrait le double pour couvrir les cinq communes de la capitale. En attendant des moyens financiers et humains plus importants, le gouvernorat a installé des poubelles sur les principales artères du centre-ville, à Kaloum, où il concentre ses effectifs, ainsi que dans la commune de Matam, au marché de Madina.

Touché aussi à l’esthétique 

Pour marquer la volonté d’embellir l’agglomération, la première édition de Conakry, ville lumière a été organisée du 20 décembre 2016 au 5 janvier 2017 : les ronds-points, les édifices publics et les artères principales étaient tous illuminés, « histoire de changer de décor pour marquer le passage à la nouvelle année, comme on le fait dans les autres grandes villes », explique Mathurin Bangoura.

Un aménagement qui se veut plus durable : des plants de palmiers – qui commencent à se faner sous l’effet du soleil – ornent désormais le trottoir longeant l’autoroute Fidel-Castro, l’un des axes les plus importants de Conakry, tandis que les grands carrefours, comme l’échangeur de Moussoudougou, à l’entrée de Kaloum, ont été peints et agrémentés de gazon. En espérant que leur entretien suivra.

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