Une nouvelle base militaire des Émirats arabes unis s’installe dans la Corne de l’Afrique

Le port de Berbera, qui accueille la première base émiratie de la région, au Somaliland, le 27 mars 2011. © Katharine Houreld/AP/SIPA

Déjà positionnés en Érythrée, les Émirats arabes unis ont reçu le feu vert du Somaliland pour y installer une base militaire. Une nouvelle implantation qui fait monter la tension dans la région.

La nouvelle est tombée dimanche 12 février. Et elle a plongé la Corne de l’Afrique et les pays qui la bordent – de l’Égypte à l’Iran – dans une période d’incertitude diplomatique. Le président du Somaliland, Ahmed Mahamoud Silanyo, a reçu le soutien de son parlement pour autoriser les Émirats arabes unis à installer une base aéronavale à Berbera, la capitale économique de ce territoire qui, en 1991, a déclaré de manière unilatérale son indépendance du reste de la Somalie.

Cette décision fait suite à l’accord signé entre les deux parties en décembre 2016 qui octroie aux troupes émiraties un terrain de 40 km² situé entre l’aéroport et les eaux du golfe d’Aden, pour un bail de vingt-cinq ans. En échange, Abou Dhabi fournira matériel et instruction militaires aux forces du Somaliland. Ce traité a été approuvé par 144 des 151 législateurs du territoire autonome, les autres ayant été expulsés de l’hémicycle par l’armée après avoir manifesté un peu trop fort leur opposition.

Base arrière pour les opérations au Yémen

Ce sera la deuxième base de ce type établie par les forces émiraties dans la Corne de l’Afrique. Depuis avril 2015, elles sont déjà installées dans le port érythréen d’Assab, qu’elles utilisent comme base arrière pour les opérations menées au Yémen, au sein de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, opposée aux rebelles houthistes. En échange de la modernisation du port d’Assab et de l’aéroport international d’Asmara, de la fourniture d’une aide financière et d’un approvisionnement pétrolier, l’Érythrée permet ainsi aux Émiratis d’utiliser pour trente ans, et comme bon leur semble, leurs installations.

Aucune information n’a pour l’instant filtré sur le contingent positionné à Berbera ou sur ses futures missions. Selon plusieurs experts, la base du Somaliland aurait essentiellement pour fonction de mener des opérations aéronavales le long du détroit de Bab-el-Mandeb. Officiellement, pour protéger l’une des principales routes maritimes de la planète. « Plus sûrement, estime un observateur, pour bloquer les éventuels envois d’armes au Yémen depuis l’Iran. » Même si Téhéran a toujours nié soutenir les milices houthistes.

L’allié éthiopien contrarié

La nouvelle d’une telle implantation dans la région n’a été que très modérément appréciée par l’Éthiopie, le principal partenaire économique du Somaliland, le seul à y disposer d’un consulat permanent. « L’établissement dans la région d’une base militaire par un État arabe peut créer certaines craintes dans le pays », estime un diplomate américain. Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, avait déjà vivement réagi lors de l’arrivée des troupes émiraties chez l’ennemi érythréen.

D’autant plus que de nombreuses rumeurs affirment que l’Égypte pourrait profiter de ses excellentes relations avec les Émirats arabes unis pour installer quelques soldats dans la région. De quoi accroître les tensions entre Le Caire et Addis-Abeba, déjà très fortes depuis que l’Éthiopie a décidé de bâtir le barrage de la Renaissance sur les eaux du Nil.

Djibouti laissé de côté 

À Djibouti, la nouvelle a été tout aussi fraîchement accueillie. Elle intervient quelques mois après un accord signé entre les autorités du Somaliland et Dubai Ports World (DP World) à Berbera : pour 442 millions de dollars, l’opérateur portuaire a acquis la concession du terminal à conteneurs pour trente ans, afin de le moderniser et d’en faire le principal concurrent de celui de Djibouti dans le désenclavement de l’Éthiopie.

Un nouvel épisode dans les relations chaotiques entre Abou Dhabi et la petite république. Celles-ci se sont détériorées quand Djibouti a décidé en 2014 d’annuler le contrat pour la construction et la gestion du terminal de Doraleh accordé en 2006 à DP World, accusé de corruption. Elles ont même été rompues en avril 2015, après que des militaires djiboutiens et émiratis en sont venus aux mains sur le tarmac de l’aéroport d’Ambouli.

De là à voir dans la décision des autorités émiraties de prendre pied au Somaliland une mesure de représailles à l’encontre de Djibouti, il n’y a qu’un pas, franchi par de nombreux observateurs. En tous les cas, les enjeux de cette nouvelle installation vont bien au-delà d’une rivalité portuaire entre Djibouti et Berbera.

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