Crise anglophone au Cameroun : le message de Fabrice Ondoa rassemble les communautés

Fabrice Ondoa © @OndoaFOfficiel/Twitter

Champion de la CAN avec les Lions indomptables, le gardien de but, natif de Yaoundé, a dédié la victoire aux anglophones du Nord-Ouest du Cameroun.

Quelques mots prononcés en anglais dans l’euphorie de la victoire ont hissé Fabrice Ondoa en porte-drapeau de la réconciliation entre anglophones et francophones camerounais. « I am from Bamenda […] For you ! » a lancé le jeune gardien de but des Lions indomptables le 5 février, après la victoire du Cameroun à la Coupe d’Afrique des nations. La vidéo est rapidement devenue virale. L’opposant John Fru Ndi, le leader – anglophone – du Social Democratic Front, a été si « touché » qu’il s’est rendu à la réception organisée à la présidence pour les héros du jour.

Ondoa, 21 ans, n’en demandait pas tant. Célébré pour ses prouesses dans la cage de la sélection nationale, voici ce natif de Yaoundé au centre d’un conflit qui divise le pays depuis deux mois. Les deux régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) organisent des journées « villes mortes » pour exiger le retour au fédéralisme et une meilleure prise en compte de leur spécificité linguistique et culturelle.

Un fossé se creuse avec les élus

Les troubles perdurent en partie parce que le gouvernement peine à imposer son autorité, sapée par la brutalité des forces de l’ordre. Le conflit s’est aussi enlisé avec l’arrestation de membres de la société civile et de leaders syndicaux. Des leaders inexpérimentés qui se sont laissé déborder par la frange sécessionniste de la contestation.

Les élus locaux, peu en phase avec la jeunesse, sont, eux, inaudibles, tandis que ministres, sénateurs et députés s’abstiennent de toute critique, craignant d’être perçus comme antipatriotes. Et, parmi les intellectuels, rares sont ceux qui osent encore dénoncer les violences et les arrestations ayant pris le pas sur le dialogue.

Ondoa, lui, a fait mouche. Derrière l’expression publique de ses sentiments, qui tranche avec les prestations dénuées de sincérité des politiciens télégéniques, aucune mise en scène. Une parole spontanée qui a – momentanément – fait baisser la pression du chaudron identitaire camerounais.