Fermer

Peter Ndegwa, DG de Guinness Nigeria : « La chute du naira plombe nos opérations »

Par - à Lagos

Formé à Nairobi et à Londres, l’expert-comptable est entré chez le producteur de boissons en 2004. © DR

Face à l’effondrement de la monnaie nigériane, la filiale du britannique Diageo réduit ses importations pour limiter ses pertes. Mais son patron assure que le marché reste très prometteur.

Dans un Nigeria en pleine récession, frappé par une pénurie de dollars elle-même provoquée par l’effondrement du naira, la monnaie nationale, les entreprises locales – importateurs et producteurs – vivent un véritable calvaire. Pour la compagnie Arik Air, qui assure 55 % des vols intérieurs du pays, le prix du kérosène est par exemple devenu extrêmement cher. Elle s’est retrouvée incapable de rembourser ses fournisseurs et a été placée sous administration du gouvernement début février.

 L’impact d’une telle situation sur les résultats de Guinness a été estimé à 4 milliards de nairas [17,6 millions d’euros] au premier trimestre 2016

Dans ce contexte tourmenté, Peter Ndegwa, directeur général de Guinness Nigeria, filiale du groupe britannique Diageo, explique à Jeune Afrique comment sa société tente de naviguer sur un marché où le taux de change est devenu très instable.

Jeune Afrique : Comment la chute du naira a-t‑elle affecté vos opérations, votre planification financière et vos chaînes d’approvisionnement ?

Peter Ndegwa : Négativement, parce que nous importons 30 % des matériaux qui entrent dans notre production. Même lorsque nous achetons localement, nos fournisseurs utilisent une grande partie d’intrants importés. Ainsi, dans les deux cas, nous payons un prix plus élevé dû à un taux de change défavorable. Face à la pénurie de dollars, beaucoup d’entreprises achètent désormais les devises sur le marché parallèle.

Du coup, le taux pratiqué sur les produits importés est plus élevé que le taux officiel. Ce qui crée une inflation de 30 % à 50 % selon le type de matière première. Les pertes déclarées par plusieurs sociétés, y compris Guinness, sont donc surtout liées à l’effet de change. Au premier trimestre de 2016, par exemple, l’impact d’une telle situation sur les résultats de Guinness a été estimé à 4 milliards de nairas [17,6 millions d’euros].

Notre intention à long terme est d’acheter localement 75 % de nos intrants

Quelle part de votre production réalisez-vous localement ?

Il y a dix-huit mois, elle était d’environ 49 %. À la fin du mois de juin 2016, elle s’établissait à 70 %. Mais durant cette période, nous nous sommes rendu compte que, bien que notre intention à long terme soit de trouver 75 % de nos intrants localement, les douze à dix-huit prochains mois pourraient ne pas être aussi simples que nous le pensions. Nous pourrions en effet nous retrouver confrontés à un effet de spirale des prix des matières premières locales, devenues plus chères que leur équivalent importé. C’est donc à long terme qu’il serait intéressant de s’approvisionner localement.

Dans ce contexte difficile, voyez-vous émerger de nouveaux consommateurs ?

Étant présents au Nigeria depuis soixante-six ans, nous avons recueilli beaucoup d’informations sur les différentes régions du pays en nous assurant les services d’agences de recherche qui nous aident à mieux comprendre les désirs des consommateurs.

Nous sommes ainsi en mesure de produire une grande variété de marques allant de la bière aux spiritueux en passant par les boissons premium sans alcool. Notre perception de ces attentes contribue à notre place de leader en matière d’innovation. Au cours des deux dernières années, nous avons lancé avec succès près d’une demi-douzaine de produits.

Quelle croissance de la consommation de bière projetez-vous dans les cinq ans à venir au Nigeria ?

L’une des raisons pour lesquelles le pays reste très attractif est son importante population, de plus de 180 millions de personnes. Même en excluant les gens qui ne consomment pas d’alcool, cela reste un très grand marché. Et nous pouvons également atteindre ce type de consommateurs puisque nous couvrons plusieurs segments de boissons.

Par ailleurs, la consommation d’alcool par Nigérian est encore assez faible au regard du niveau des revenus. Des pays comme le Cameroun et l’Afrique du Sud représentent cinq fois plus. Ça peut sembler beaucoup, mais cela s’explique par une consommation individuelle plus importante. Et il y a encore beaucoup de perspectives de croissance de la consommation par habitant.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici