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Tunisie : des comptes publics dans le rouge

Par - envoyé spécial

Des policiers tunisiens manifestent devant le palais présidentiel à Carthage, près de Tunis, pour demander une augmentation de salaire, le 25 janvier 2017. © Riadh Dridi/AP/SIPA

L'état des finances du pays inquiète les institutions internationales, parmi lesquelles le FMI et Fitch Ratings.

L’enthousiasme aura été de courte durée. La conférence internationale sur l’investissement Tunisia 2020, organisée les 29 et 30 novembre 2016, avait permis de mobiliser 34 milliards de dinars (14 milliards d’euros) de promesses et d’engagements financiers.

Un résultat inespéré, mais qui n’a pas impressionné la mission du FMI. Le communiqué final publié le 7 février à l’issue de sa « visite des services » résonne comme une mise en garde à peine voilée. « Dérapages » de la politique budgétaire, « masse salariale de la fonction publique parmi les plus élevées au monde » : le ton tranche avec l’habituelle réserve diplomatique. C’est que la situation des finances publiques inspire les plus vives inquiétudes.

Le pays vit une crise de l’État. Son Administration est pléthorique et malade. Les effectifs de la fonction publique ont augmenté de 13 % entre janvier 2011 et fin 2015, mais la masse salariale a crevé tous les plafonds, avec une augmentation de 47 % sur la même période. Dans le même temps, la productivité a évolué dans le sens inverse. L’État est aujourd’hui incapable d’exécuter les projets qu’il a lui-même décidés.

Pour débloquer les choses, alléger les procédures, prémunir aussi les fonctionnaires contre le risque de poursuites, le gouvernement Chahed a concocté une loi d’urgence économique destinée à sortir de l’ornière une vingtaine de grands projets prioritaires embourbés dans les pesanteurs bureaucratiques. Elle attend toujours d’être votée au Parlement !

Acrobatie financière

Le FMI n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Fitch Ratings vient de dégrader une nouvelle fois la notation souveraine de la Tunisie (de BB– à B+), désormais reléguée dans une catégorie dite spéculative. L’agence souligne que le pays aura besoin d’emprunter sur les marchés étrangers l’équivalent de 7 % de son PIB pour faire face à ses échéances de remboursement et couvrir les besoins de son budget. Soit environ 10 milliards de dinars en 2017, car le déficit de l’État se conjugue maintenant avec celui des caisses sociales (CNSS, assurance-maladie, et CNRPS, retraites), qui accusent un trou de 2,3 milliards de dinars.

La Tunisie vient néanmoins de réussir à lever 850 millions de dollars sur les marchés européens à un taux de 5,62 % (pour une maturité de sept ans), mais elle va devoir renouveler cette opération d’acrobatie financière à plusieurs reprises encore avant la fin de l’exercice budgétaire. L’endettement extérieur a augmenté de 50 % depuis la révolution, et la spirale ne semble pas près de s’arrêter…