Maroc : une pluie d’investissements publics pour connecter le Rif

Par - envoyé spécial

Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-El Hoceima, lors d’une réunion avec ses collaborateurs. © Mohamed Drissi K./JA

Depuis les années 2000, des dizaines de milliards de dirhams ont été consacrés au désenclavement et au développement de la région. Revue de détail.

S’il y a un chantier qui symbolise la reconnexion du Rif au royaume, c’est bien la rocade méditerranéenne. Un chantier titanesque qui a démarré au milieu des années 1990 et qui ne s’est achevé qu’en 2012. Aujourd’hui, cette route, qui relie Tanger à Saïdia, a ouvert l’accès à près de 200 km de côtes.

Les quatre ports et les sept sites touristiques sont désormais raccordés, et les villages de pêcheurs enfouis dans les criques paradisiaques de la région découvrent un début d’activité touristique, avec les aménagements urbains qui ont suivi. Oued Laou, Jebha et Stihat – des villages jusque très récemment monopolisés par les go fast qui font la navette, dans le détroit, entre les côtes marocaines et espagnoles – disposent aujourd’hui d’un minimum d’infrastructures et accueillent, chaque été, de plus en plus de vacanciers.

Coupe dans les budgets 

Cet effet d’entraînement, les élus du Rif espèrent le réitérer avec l’achèvement de la route reliant El Hoceima à Taza, en chantier depuis 2011 et qui accuse un retard dans l’exécution, son délai d’achèvement, initialement fixé à 2015, ayant été repoussé de trois ans. « Décidées en 2013 par le ministère de l’Équipement, les coupes budgétaires relatives aux investissements publics ont amputé ce projet d’environ 300 millions de dirhams [soit 10 % de son budget global], s’insurge Mohamed Boudra, maire d’El Hoceima. Pourtant, ce projet est crucial pour parachever le désenclavement du Rif. »

15 milliards de dirhams ont été consentis dans la province d’El Hoceima. Il n’y a aucune autre ville du royaume qui ait eu droit à un tel traitement

Autre chantier que les Rifains attendent avec impatience de voir terminé : le programme « El Hoceima, Manarat El Moutawassit » (« le phare de la Méditerranée »). C’est au siège de la région, à Tanger, que se joue le sort de ce mégaprogramme de 6,5 milliards de dirhams. Ilyas El Omari, secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM), qui a présenté ce projet au roi juste après son élection à la tête de la région Tanger-Tétouan-El Hoceima, tient une réunion avec ses collaborateurs. À l’ordre du jour : les préparatifs pour la création d’une société de suivi de l’exécution de ces projets.

Travailler avec la population

« “El Hoceima, Manarat El Moutawassit” implique des conventions avec quinze départements ministériels, nous explique El Omari. Nous essayons de trouver les solutions adéquates pour déjouer les lourdeurs bureaucratiques, notamment en nous appuyant sur des sociétés de développement régionales. » Ce natif du Rif, qui a gagné ses galons politiques grâce à son rôle de facilitateur entre le premier cercle du pouvoir et les habitants de la région, l’admet sans détour : « Plus de 15 milliards de dirhams d’investissements publics ont été consentis dans la province d’El Hoceima. Il n’y a aucune autre ville du royaume qui ait eu droit à un tel traitement. »

La nouvelle corniche de Tanger. © Mohamed Drissi K. pour JA

Mais il pointe un problème dans l’approche des politiques publiques : « Les Rifains doivent être associés aux projets pour prendre conscience des réalisations. Autrement, ils ne seront jamais satisfaits et diront toujours que rien n’est fait. »

Redonner vie à Nador

À Nador, la lagune naturelle de Marchica, autrefois une décharge à ciel ouvert, a été complètement dépolluée pour retrouver sa splendeur. À ses abords sont prévus des projets touristiques qui devraient totaliser des investissements de 46 milliards de dirhams prévoyant un vaste programme de requalification urbaine.

Pourtant, une partie de la population ne semble pas encore totalement convaincue de l’aspect structurant du projet : « On nous fait miroiter depuis des années la transformation de Nador en ville touristique à travers ce projet. Personnellement, je n’ai jamais croisé le moindre touriste, souligne Yassine El Hatmi, diplômé chômeur, militant dans la section locale de l’Association marocaine des droits de l’homme. Ce projet n’a pas créé de l’emploi pour nous autres originaires de la région. »

« Archifaux ! rétorque Khalid Belouchi, chargé de mission auprès du président de l’agence Marchica, structure publique dotée de pouvoirs élargis pour mener à bien ce projet. Soixante-sept pour cent de nos cadres sont originaires de la région, mais notre principal critère de recrutement reste la performance et non la préférence régionale. »

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici