Immigration : l’énième épisode du Donald Trump show

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Manifestation contre le décret anti-immigration de Donald Trump, San Francisco, le 16 février 2017. © Marcio Jose Sanchez/AP/SIPA

Nous étions tous prévenus dès le début des intentions de Donald Trump. Pendant la course à la Maison-Blanche, l’homme s’était distingué par des déclarations à l’emporte-pièce et des vulgarités sidérantes.

Poussé par une superbe délirante, il avait quasiment regardé le monde entier de haut. Une attitude digne d’un enfant gâté, convaincu que tout est permis.

Il dépasse en facéties l’Ougandais Idi Amin Dada, « dernier roi d’Écosse », et peut-être en mégalomanie Bokassa Ier, empereur de Centrafrique. Trump est maître en gouaille. Rien ne le différencie, en la matière, d’un certain Rodrigo Duterte, président des Philippines, qui a traité publiquement Barack Obama de « fils de pute ».

Il n’est donc pas étonnant que Trump interdise l’accès aux États-Unis aux ressortissants de sept pays essentiellement musulmans. Évidemment, pour le président américain, tous les musulmans sont des salafistes jihadistes, des terroristes qui menacent la sécurité de son pays. Ignorance ou discrimination bien élaborée ?

Mais le milliardaire au pouvoir n’avait pas imaginé un seul instant qu’une partie de ses compatriotes s’opposeraient à son décret. Ni qu’un juge fédéral suspendrait l’exécution d’une mesure considérée comme anticonstitutionnelle. Ni qu’une cour d’appel saisie confirmerait la suspension. Premier revers ou incident de parcours ? Attendons de voir.

Une Amérique de « Peaux-Rouges »

Donald Trump a sans doute oublié que les États-Unis actuels n’appartenaient pas aux « visages pâles », mais aux « Peaux-Rouges ». Les Européens y sont arrivés en fuyant les persécutions, les guerres de religion, la misère et d’autres maux qui sévissaient dans leurs pays. Ils ont ensuite importé des esclaves du continent africain. Et exterminé les indigènes, dont les descendants vivent aujourd’hui dans des réserves tels des animaux.

Faut-il encore rappeler au président américain que les pays les plus touchés par les exactions jihadistes sont musulmans ? Le malheur ne connaît pas la couleur de l’épiderme ni la religion. Ce n’est pas sorcier.*

Les juges à la rescousse

Cela dit, les péripéties du décret anti-immigration nous donnent une leçon sur les vertus de la démocratie. Où peut-on contester une volonté présidentielle sans être transformé en gibier ? Dans la quasi-totalité des pays africains, la séparation des pouvoirs est virtuelle. Si bien que les juges prennent leurs décisions de manière à ne pas déplaire au président de la République et à toute sa clique. Pourtant, ils sont censés travailler en toute indépendance pour dire le droit.

Mais peuvent-ils clamer haut et fort qu’une ordonnance présidentielle est anticonstitutionnelle et la suspendre ou l’annuler ? Dans nos pays, sauf exception, les juges ont choisi leur camp : celui de la soumission au pouvoir exécutif au mépris de la loi, tout en s’embourbant dans la corruption et l’arbitraire. Les citoyens, ne leur faisant plus confiance, en arrivent à oublier leurs droits les plus fondamentaux, persuadés qu’il ne sert à rien d’aller chez le juge.

Quant au président des États-Unis, il a réussi à diviser ses compatriotes, à donner un haut-le-cœur aux alliés traditionnels de son pays. La raison ? Il se croit toujours en plein talk-show. Jusqu’au prochain épisode.

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