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Littérature : l’Érythrée s’immisce dans le dernier polar de Carlo Lucarelli

Carlo Lucarelli, auteur de "Albergo Italia" © Daniele Devoti/Flickr

Après son roman très réussi "La huitième Vibration", Carlo Lucarelli revient avec une intrigue policière qui se déroule en Érythrée.

En s’emparant il y a neuf ans, dans La Huitième Vibration, du passé colonial italien en Érythrée, Carlo Lucarelli avait, de son propre aveu, entamé « une deuxième vie d’écrivain ». Et signé, au passage, un chef-d’œuvre de fresque historique dans laquelle se mêlaient les petites histoires et la grande Histoire. Le voilà de retour à Massaoua et à Asmara, non plus en chroniqueur de la décadence coloniale, mais en auteur de pur polar – ce pour quoi ce touche-à-tout né à Parme en 1960 a acquis une certaine renommée dans son pays.

Albergo Italia est le titre de son nouveau roman policier. C’est aussi le nom de l’hôtel le plus luxueux de la toute nouvelle capitale de la colonie, Asmara, qui est inauguré au début de l’intrigue. La fête tombe à l’eau quand le cadavre d’un certain Farandola est trouvé dans sa chambre. Pendu. Le capitaine Colaprico et son adjoint, Ogbà, sont déjà sur place. Alors que les suspects, parmi lesquels une rousse fatale et un curieux géologue, se multiplient, les deux hommes se lancent dans une enquête aussi étouffante que le climat d’Asmara.

Incursion dans le passé africain

Disons-le franchement : la lecture d’Albergo Italia est bien plus laborieuse que celle de La Huitième Vibration. L’intrigue est faible et les personnages, guère passionnants. Si cette sortie est à saluer, c’est avant tout parce que l’éditeur français, Métailié, a eu l’excellente idée de la coupler avec une nouvelle publication de La Huitième Vibration. Cette première incursion de Lucarelli dans le passé africain de son pays dit tout de l’aventure coloniale.

Nous sommes en 1896, et l’on croise à Massaoua des fonctionnaires corrompus, une sorcière venue du nord de l’Italie se débarrasser de son époux, un entrepreneur passionné croyant avoir trouvé l’Eldorado dans les hauts plateaux de l’Érythrée, un anarchiste « éloigné » en Afrique, une prostituée envoûtante ou encore un officier « pressé de se battre et de devenir un héros »… Si la part belle est réservée aux Italiens, les Abyssins ne sont pas réduits, comme dans d’autres romans, à l’état de faire-valoir. Eux aussi jouent un rôle dans le drame qui s’annonce.

Décadence coloniale

L’intrigue principale – un policier qui poursuit un tueur d’enfants – et le fond historique – la célèbre bataille d’Adoua, considérée comme la première déroute d’une armée européenne en Afrique – ne sont que secondaires dans ce formidable portrait de la décadence coloniale. « Plus que raconter la poursuite d’un criminel, je voulais parler du colonialisme, de la guerre et d’une certaine attitude des Italiens, partis en Afrique sans savoir quoi faire », expliquait Lucarelli en 2008.

Attitude parfaitement décrite par Vittorio, le fonctionnaire véreux tombé sous le charme de Cristina, la femme qui veut faire disparaître son mari, quand il lui explique ce qu’il fait là : « Je n’ai pas à aimer ça, je suis là pour le travail, pas en villégiature. Et puis, ce n’est pas la chaleur le pire, ça on s’y habitue… presque. C’est l’ennui. Les mêmes gens, les mêmes têtes, les mêmes discours, soldats, coloniaux, et… (il allait dire “putains” mais s’arrêta à temps), et c’est tout. Bien sûr, c’est un endroit exotique, il y a tant de gens étranges, il se passe tant de choses étranges, mais toujours ailleurs. Ici, il n’arrive jamais rien… à moi en tout cas. »

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