Filière laitière au Cameroun : la ferme de Baleng, un beau projet qui a rencontré trop d’obstacles

La filière du lait ne couvre que 5% des besoins camerounais. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Richard Pétho pensait avoir trouvé la bonne idée pour développer la filière laitière dans sa région. Mais dix ans après sa création, l'entreprise ne s'est pas développée comme il l'espérait.

Sept vaches laitières de race Holstein broutent impassiblement une modeste meule de foin devant un bâtiment sommaire qui semble à l’abandon. Voilà ce à quoi ressemble aujourd’hui la ferme de Baleng, près de Bafoussam. Bien loin du projet initial de Richard Pétho, son créateur.

Dix ans après son lancement, l’exploitation n’est jamais parvenue à décoller. L’éleveur autodidacte, 51 ans, n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour réaliser son rêve de lancer une véritable filière laitière dans une région davantage réputée pour ses élevages de porcs et de volailles.

Marbrier prospère, formé à la prestigieuse école italienne de Carrare, il a décidé en 2006 de se lancer dans la production de yaourts et de fromages, et s’est formé avec son épouse dans les fermes modèles d’Israël.

Trop peu soutenue par l’État

Le démarrage est prometteur, mais l’épidémie de fièvre aphteuse qui touche la région deux ans plus tard décime son cheptel, constitué d’une quarantaine de vaches importées du Nord-Ouest voisin. Le groupement d’intérêt économique (GIE) La Ferme de Baleng ne s’en remettra pas.

Même si elle continue de produire du lait et un peu de fromage de temps à autre, l’absence de tout accompagnement par les pouvoirs publics semble avoir porté un coup fatal à l’entreprise, qui avait pourtant glané quelques récompenses, à commencer par un prix national remis lors du Comice agropastoral d’Ebolowa en 2011, un salon consacré aux produits de l’agriculture et de l’élevage.

À l’image de la ferme, c’est toute la filière du lait qui est en danger, alors qu’elle ne couvre actuellement que 5 % des besoins camerounais. « Le projet d’agropole laitière, qui devait regrouper une trentaine de GIC de la localité et déboucher sur la mise en place d’une unité de transformation à Bafoussam, pour un investissement de 300 millions de F CFA [457 347 euros], n’a jamais vu le jour, regrette Richard Pétho. L’État nous demande de contribuer à hauteur de 70 %, mais nous n’en avons pas les moyens. » Loin de céder au découragement, le patron de Baleng espère qu’un partenaire providentiel se présentera un jour devant son étable, pour qu’enfin il puisse boire du petit-lait.

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