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FMI : quelle pédagogie pour le développement ?

La directrice du FMI, Christine Lagarde, lors d'un rendez-vous de partenaires à Marseille, le 10 septembre 2011. © Lionel Cironneau/AP/SIPA

Sa mission ne se limite pas à la surveillance ou au sauvetage des États membres. Le Fonds les aide aussi à se former et à se doter d’un cadre réglementaire pour mieux maîtriser leur politique économique.

Le monde entier connaît les deux missions du FMI qui lui ont valu une solide réputation de croque-mitaine : la surveillance de la santé financière, monétaire et économique de ses 189 États membres et le sauvetage des pays en crise, à grand renfort de prêts octroyés en contrepartie de mesures d’austérité et de réformes douloureuses.

On sait moins que le Fonds travaille aussi au « développement des compétences », auquel il voue 332 millions de dollars (310 millions d’euros) par an, soit 27,6 % de son budget total, qui a atteint 1,2 milliard de dollars en 2016. La plus importante partie de cette somme est consacrée à l’Afrique.

Créer un cadre juridique propice

Le FMI aide les pays à améliorer leurs ressources humaines ainsi que leur cadre législatif et réglementaire afin qu’ils puissent mener de « saines politiques économiques », notamment dans les domaines de l’organisation des systèmes fiscaux, de la gestion des ressources et de la dette publiques, de la politique de change, de l’organisation des statistiques, de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Il ne fournit pas d’apport d’argent au budget d’un État, comme dans le cas d’un sauvetage, quand la faillite menace, mais il favorise la création d’un cadre juridique et d’une organisation administrative qui donneront à l’État les moyens de ses ambitions et aux acteurs économiques une sécurité accrue. Il peut par exemple aider à la mise en place d’un système fiscal adapté – dans son jargon, « une meilleure mobilisation des ressources ».

Alors que, dans les économies développées, les prélèvements fiscaux dépassent 40 % du PIB, ce taux n’excède pas 15 % dans les pays subsahariens. Autant dire qu’avec de si faibles rentrées d’argent ces États n’ont pas les moyens d’assurer leurs missions régaliennes, de financer des services publics élémentaires et de payer leurs fournisseurs et leurs fonctionnaires en temps et en heure. Pourtant, quand il peut compter sur des ressources domestiques plus abondantes, un pays « est mieux maître de son destin », comme le souligne Christine Lagarde.

En effet, il est moins dépendant de l’aide étrangère et des fluctuations des cours des matières premières qu’il exporte, deux sources de financement vitales mais aléatoires pour les pays en développement. Enfin, la généralisation progressive des impôts fait peu à peu sortir une économie de l’informel, qui fausse la concurrence et autorise toutes les manipulations.

Lutter contre le blanchiment de capitaux

Le FMI forme les responsables et les agents des impôts pour qu’ils en augmentent l’assiette et en améliorent la perception. Il a travaillé avec l’Administration libérienne des recettes pour éviter un effondrement de la collecte fiscale sous l’effet de l’épidémie d’Ebola, qui paralysait l’économie. Cette précaution a permis, au contraire, une hausse des prélèvements à 19,2 % du PIB, l’un des meilleurs taux de la région.

Dans ses autres domaines d’assistance technique, la démarche du FMI est la même. Sur ses conseils, l’Ouganda s’est doté d’une législation sur la gestion des ressources naturelles en vue de l’exploitation pétrolière du lac Albert, prévoyant un nouveau modèle de contrat de partage-production, l’instauration d’une TVA pour le secteur extractif et le calcul du revenu imposable sur les titulaires des licences pétrolières.

Avec son appui, le Soudan a tellement bien renforcé son cadre institutionnel et juridique pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme que le Groupe d’action financière l’a retiré de la liste « grise ». Enfin, suivant ses recommandations, l’Autorité palestinienne a mis en place un système de bureau de crédit en ligne afin de faciliter l’accès au crédit des PME et des particuliers, tout en réduisant le montant de ses créances douteuses.

Ces conseils et ces formations sont dispensés « à domicile », soit par des spécialistes venus de Washington, soit à partir de centres situés à Abidjan, Accra, Beyrouth, Dar es-Salaam, Libreville et Maurice. Et, pour réduire les frais, il a de plus en plus recours à la formation de base en ligne.