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Les reines du business camerounais

Kate Kanyi Tometi Fotso, PDG de TELCAR, société de négoce du cacao, à Paris, le 23 mars 2015. © Bruno Lévy/JA

Leurs entreprises se sont imposées sur les marchés nationaux et sous-régionaux. Elles n'hésitent ni à se diversifier ni à réorganiser leur management. Portraits.

Kate Kanyi-Tometi Fotso roule sur l’or brun avec Telcar Cocoa

Une anglophone considérée comme la femme la plus riche d’Afrique subsaharienne francophone, le contraste ne manque pas de piquant.

C’est le magazine Forbes Afrique qui, en décembre 2016, évaluant les avoirs de la Camerounaise Kate Kanyi-Tometi, épouse Fotso, à 252 millions de dollars (plus de 239 millions d’euros), l’a classée au vingtième rang des plus grandes fortunes de cette partie du continent.

30% du marché d’exportation du cacao

Une performance qu’elle doit à Telcar Cocoa, la société qu’elle a créée il y a plus de trente ans. Grâce à un partenariat avec Cargill, son entreprise de négoce domine de la tête et des épaules les exportations de cacao, avec près de 30 % du marché. Pour garantir la qualité de la fève camerounaise et assurer la pérennité de son business, la patronne mise sur l’académie des coopératives (Coop Academy), soutenue par la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale), pour encadrer les producteurs de cacao.

Actionnaire d’Ecobank Cameroun, Kate Fotso a récemment été nommée au conseil d’administration du Port autonome de Kribi (PAK). Toutefois, la veuve d’André Fotso, ex-patron des patrons camerounais décédé en août 2016, à 57 ans, continue de mener sa barque sans interférer dans les affaires de son défunt mari.

Audrey Chicot, la capitaine d’industrie qui s’inspire du Japon

La volubile patronne de Multi-services et matériel industriel (MSMI) s’est prise de passion pour la façon japonaise d’organiser le travail lors d’un séjour dans l’archipel asiatique en 2014.

Depuis, Audrey Chicot, 42 ans, s’applique à inculquer l’approche kaizen (« amélioration continue »), qui a fait le succès de l’industrie nipponne, aux 85 employés de ses ateliers, situés dans la zone industrielle de Bassa, à Douala.

Industrialiser le continent

En treize ans, son entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires annuel moyen de 600 millions de F CFA (environ 915 000 euros), s’est imposée dans le monde fermé de la mécanique et de la fabrication industrielle. Nestlé, la Société nationale de raffinage (Sonara), Aluminium du Cameroun (Alucam) ou encore Perenco font désormais appel à ses services. Une part du secret de cette réussite tient à la présence de son époux, Fabien Chicot. Ingénieur en mécanique, le Français, pur produit de l’École nationale supérieure d’arts et métiers (Ensam), dirige le département technique de MSMI et contrôle la qualité du travail.

Consultante auprès de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), Audrey Chicot insiste sur la nécessité d’industrialiser le continent pour parvenir à l’émergence. Une conviction qu’elle ne cesse de défendre aux différentes tribunes qui lui sont offertes.

Jeanine Colette Minka, patronne d’Emploi Service, garde la foi

L’année 2016 n’a pas été un bon cru pour Emploi Service, le leader camerounais du travail temporaire.

La chute des cours des hydrocarbures a en effet conduit les entreprises pétrolières, qui comptent parmi ses principaux clients, à réduire la voilure. Elle a affecté le Tchad et le Gabon, deux marchés importants. Et, pour ne rien arranger, l’insécurité dans le septentrion camerounais, liée aux incursions de la secte nigériane Boko Haram, a affaibli l’activité de la société. « En dépit d’un chiffre d’affaires en baisse, nous continuons néanmoins de placer mensuellement 5 000 travailleurs », assure Jeanine Colette Minka, sa fondatrice et directrice générale.

Des sociétés diversifiées

Depuis que cette fille de magistrat a fondé Emploi Service, en 1994, sa société a constitué une base de données de plus de 78 000 CV et déployé ses activités à travers le pays, mais aussi au Gabon, au Tchad, au Congo et en RD Congo.

Jeanine Colette Minka a su se diversifier et dirige aujourd’hui un groupe qui pèse plusieurs millions d’euros. Née en 2013, sa filiale Driving & Logistics (DAL), spécialisée dans la gestion de flotte automobile, constitue un nouveau relais de croissance. Ce qui ne l’empêche pas de préparer sa relève au sein du groupe : son fils aîné dirige sa société de gardiennage, l’une de ses filles est la gouvernante de son hôtel, tandis qu’une autre l’assiste à Emploi Service.

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