Tourisme : le Maroc ouvre ses portes aux visiteurs chinois

Les Chinois sont très friands de patrimoine. Ici, devant la mosquée Hassan II, à Casablanca. © Youssef Boudlal/REUTERS

Le royaume redouble d’efforts pour attirer les hôtes de l’empire du Milieu, qui sont dispensés de visa depuis juin. Les premiers résultats se font sentir, avec une hausse de 300 % en un an. Mais il reste tant à faire…

Multiplié par quatre. Le taux de croissance entre 2015 et 2016 du nombre de touristes chinois ayant visité le royaume chérifien est impressionnant. En valeur absolue, cependant, la destination Maroc part de très loin : l’effectif des visiteurs en provenance de Chine s’élève à 42 000 en 2016. Il n’empêche que la performance reste admirable, ce qui a valu au royaume d’être consacré Best Potential Destination 2016, un prix décerné en janvier par Global Times, un quotidien influent de l’empire du Milieu.

Nous recevions en moyenne 600 touristes chinois par mois, et au mois de décembre, le Maroc en a reçu 7 000

« Cette dynamique constitue l’un des premiers résultats d’une stratégie spécifique au marché chinois que nous avons mise en œuvre et qui bénéficie du soutien des plus hautes autorités du pays », nous explique Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT). En effet, lors du déplacement de Mohammed VI à Pékin, en mai 2016, le secteur touristique a eu la part belle dans les accords de coopération.

Suppression des visas

Au cours de cette visite d’État, outre la signature d’un mémorandum d’entente liant les ministères du Tourisme des deux pays, le roi a annoncé la suppression des visas d’entrée au Maroc pour les ressortissants chinois. « Les effets de cette décision politique – entrée en vigueur le 1er juin 2016 – se sont immédiatement fait sentir, affirme le patron de l’ONMT. Si, au cours des cinq premiers mois de l’année, nous recevions en moyenne 600 touristes chinois par mois, ce chiffre est passé à 4 000 durant le deuxième trimestre, et, au mois de décembre, le Maroc a reçu 7 000 visiteurs en provenance de Chine. » Et le meilleur reste à venir : l’ONMT a l’ambition d’atteindre le seuil de 100 000 hôtes chinois dès la fin de cette année.

Pour atteindre cet objectif, tout un plan marketing à destination de ce marché est en cours de déploiement. En janvier, Marrakech a accueilli une délégation composée d’une vingtaine d’agents de voyages de la région de Shanghai, ainsi que le tour-opérateur public China International Travel Service (CITS), pour une découverte des atouts touristiques de la Ville ocre. D’autre part, la compagnie aérienne émiratie Etihad Airways s’est associée à l’ONMT et au voyagiste Beijing Yougo World International Travel Service Co. Ltd (Uniway) dans le cadre de sa campagne « 1 000 visiteurs chinois au Maroc », qui a pour objectif de transporter 1 000 voyageurs de la Chine au Maroc entre février et juin 2017.

Ces vacanciers dépensent en moyenne 1303 dirhams par nuitée, contre 800 pour les Européens

« Nous lancerons, dès la fin mars, une autre campagne avec Air France, qui inaugurera une ligne directe entre Paris-Charles-de-Gaulle et Marrakech, sachant que la compagnie française assure par ailleurs 80 vols hebdomadaires en provenance de Chine », nous confie Abderrafie Zouiten.

90% des voyages à destination de l’Asie 

Et si le Maroc mise tant sur sa promotion en Chine, c’est bien évidemment parce qu’il espère avoir sa part de gâteau dans ce marché gigantesque, puisque 120 millions de ressortissants de ce pays ont voyagé à l’étranger en 2015 (dont 90 % vers des destinations asiatiques). Mieux encore, les touristes de l’empire du Milieu sont parmi les meilleurs clients du monde, avec des dépenses de voyage estimées à 215 milliards de dollars (200 milliards d’euros). Au Maroc, le budget estimé des touristes chinois, qui séjournent en moyenne six à huit jours, s’élève à 1 303 dirhams par nuitée (119 euros). À titre de comparaison, les visiteurs européens ne déboursent que 800 dirhams.

Tourisme culturel

« Le Chinois recherche le tourisme culturel. Il est très attiré par les pays ayant un patrimoine historique et une nature riche et diverse », nous explique Hayat Jabrane, fondatrice de Goal Voyages, une agence qui travaille sur ce marché depuis plus d’une dizaine d’années. La voyagiste, qui est également secrétaire générale de la Confédération nationale du tourisme, estime qu’il reste néanmoins beaucoup à faire pour améliorer l’attractivité du Maroc vis-à-vis des Chinois : « Nous avons donc besoin de guides, de documentation et de staff parlant le mandarin dans les aéroports. »

Peu de mesures appliquées

De telles dispositions ont été évoquées lors du séminaire Maroc-Chine, qui a réuni, fin mai à Casablanca, les principaux professionnels du tourisme des deux pays. À cette occasion, le ministère du Tourisme et les instituts Confucius – les centres culturels chinois – de Rabat et de Casablanca ont conclu un partenariat pour la formation de guides touristiques marocains au mandarin. « On ne recense plus les promesses non tenues censées favoriser notre développement sur ce marché, s’insurge Hayat Jabrane.

Il n’y a qu’à citer l’annonce de Royal Air Maroc (RAM), en décembre 2014, concernant l’ouverture d’une liaison Casablanca-Pékin et qui ne s’est jamais réellement concrétisée. » Une source proche de la RAM affirme que « le projet en est toujours au stade des études ». Pourtant, tous les professionnels le répètent en chœur : le développement d’une destination passe par la création de lignes aériennes directes. L’ONMT multiplie d’ailleurs les contacts avec les compagnies chinoises afin de créer une telle liaison aérienne.


UNE CONVENTION POUR INVESTIR DANS LE TOURISME 

En marge de la première édition du Forum économique Maroc-Chine, qui s’est tenu fin 2014 à Pékin, la Société marocaine d’ingénierie touristique (Smit) a conclu une convention avec la Fédération des investisseurs chinois. Celle-ci vise à renforcer la présence des investisseurs touristiques chinois au Maroc, en plus de l’échange d’expertise et de savoir-faire.

La Fédération des investisseurs chinois dispose d’un fonds d’investissement destiné à l’hôtellerie et à l’immobilier avec une taille cible de 3 à 5 milliards de dollars, et la Smit aimerait bien capter une partie de cette manne. Mais, jusqu’à présent, aucun projet d’envergure n’a été annoncé…

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