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Stratégie : pourquoi Siat abandonne le palmier à huile

Olam ouvre sa deuxième usine d'huile de palme au Gabon. © Monusco/CC/Wikimedia Commons

Après avoir cédé cette branche de sa filiale gabonaise à Olam, le groupe belge s’apprête à effectuer un retrait similaire avec son entité nigériane Presco. Objectif : s’engager davantage dans l’hévéa.

Branle-bas de combat à la Société d’investissement pour l’agriculture tropicale (Siat). Fin 2016, Felix Nwabuku, le patron de Presco, l’une des deux filiales nigérianes du groupe belge, annonce que la maison mère se désengagera dès 2018 de la filière du palmier à huile. Presco, qui exploite quelque 15 000 ha de plantations dans le pays, justifie cette décision par les difficultés d’accès à la terre et le peu d’engouement des banques nigérianes à soutenir des projets agro-industriels. Le groupe belge, actionnaire de Presco à 60 %, se dit ainsi contrarié dans son ambition de mettre en valeur 100 000 ha et obligé de jeter l’éponge.

Ce retrait ne sera pas le premier. En juillet, la branche palmier à huile de la filiale gabonaise du groupe (plus de 5 000 ha) a été cédée au singapourien Olam pour 24,6 millions de dollars (23 millions d’euros). Un arbitrage motivé par les pertes enregistrées ces trois dernières années (8 millions d’euros en 2013, pour un chiffre d’affaires de 51,8 millions d’euros) dans cette activité, qui ont mis à mal l’équilibre financier de l’entreprise.

Faible rendement

Constituée notamment grâce au rachat d’entreprises publiques dans plusieurs pays subsahariens, la société Siat, dont le siège est basé à Bruxelles et dont la majorité du capital (51,73 %) est détenue par l’homme d’affaires belge Pierre Vandebeeck, cumule les handicaps dans la filière huile de palme. « Avec de vieilles plantations à faible rendement, de petites superficies lui interdisant des économies d’échelle, le groupe belge n’a pas d’autre choix face à la stratégie agressive d’Olam », explique Abah Ofon, directeur de 3XG UK Consulting, un cabinet spécialisé dans le négoce et les matières premières en Afrique francophone.

Au Gabon, par exemple, grâce à son partenariat avec Libreville (notamment dans la zone économique de Nkok), le négociant singapourien Olam a décidé d’investir 1,5 milliard de dollars pour aménager 100 000 ha de plantations de palmiers à huile et entend faire de ce pays une base d’exportation de cette denrée.

L’hévéa plus rentable

Certes, Siat (dont le chiffre d’affaires s’élevait à 245,6 millions d’euros en 2015) demeure encore présent dans cette branche sur le continent, à travers Siat Nigeria Ltd (SNL) et GOPDC, sa succursale ghanéenne. Mais les dernières évolutions semblent annoncer un abandon progressif du palmier à huile au profit de l’hévéa. Le groupe continue à investir dans cette dernière filière au Gabon (12 415 ha) et en Côte d’Ivoire, où ses deux filiales CHP et CHC totalisent un peu moins de 7 000 ha. Par ailleurs, il souhaite développer cette activité au Nigeria.

En nouant une alliance, en février 2012, avec le singapourien GMG Global, les dirigeants de Siat n’avaient pas fait mystère de leur volonté de développer la filière hévéa – plus rentable que celle du palmier à huile, à superficie égale. L’objectif – certes non atteint – de ce mariage était notamment de s’implanter au Cameroun et d’accroître les capacités en Côte d’Ivoire. La dépression du marché du caoutchouc, ces trois dernières années, n’a pas entamé la détermination du groupe belge, qui continue d’investir dans cette branche au Gabon.

Et les récentes performances de cette matière première semblent lui donner raison. « Le cours de l’huile de palme a progressé de 22 % sur l’année 2016, tandis que le caoutchouc bondissait de plus de 75 % », rappelle Abah Ofon. Reste une question. Quand GMG Global, spécialiste du caoutchouc, aura quitté le tour de table de Pierre Vandebeeck, celui-ci cherchera-t-il un nouveau partenaire ou poursuivra-t-il seul l’aventure de l’hévéa ? Contactés, les dirigeants de Siat n’ont pas souhaité répondre aux questions de Jeune Afrique.


GMG, LE SPÉCIALISTE DU CAOUTCHOUC, SE DÉSENGAGE

Le 25 décembre, le producteur de caoutchouc singapourien Halcyon Agri, propriétaire de GMG Global, a annoncé l’ouverture de négociations en vue de sa sortie du capital de Siat.

Fimave, le holding familial des Vandebeeck, devrait ainsi racheter, d’ici à juillet, 35 % des parts détenues par GMG. L’opération devrait coûter 192 millions d’euros au groupe belge, qui reprendra ainsi le contrôle de 86 % du capital.