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RD Congo : Félix Tshisekedi, le dauphin présumé

Félix Tshisekedi lors de la signature de l'accord politique conclu le 31 décembre à Kinshasa, en République démocratique du Congo. © John Bompengo/AP/SIPA

Le fils du leader de l'opposition défunt est aujourd’hui le mieux placé pour lui succéder à la tête du parti. Ou du moins ce qu’il en restera.

C’est une chaude soirée, en novembre dernier, à Kinshasa. Sur le parvis de sa maison, dans le quartier de Limete, Félix Tshisekedi reçoit de jeunes activistes déterminés à manifester contre le président Kabila. À la différence de son ombrageux père, cet homme de 53 ans se montre accessible et souriant. Il a la carrure d’un catcheur congolais, ce sport si populaire à Kinshasa, où l’on donne des coups spectaculaires mais où l’on blesse rarement.

Un père autoritaire

Nous sommes à quelques semaines de la fin du dernier mandat constitutionnel du chef de l’État, entre deux vagues d’émeutes. Toute la capitale congolaise s’interroge : que va faire le « Vieux », Étienne Tshisekedi ? Lancer ses partisans dans la rue ? « Ils sont galvanisés, nous allons prendre le pouvoir », assure Félix. Il ne donne pas plus de détails sur la stratégie de l’opposant historique. Les connaît-il seulement ? Son père conservait une part de mystère, même pour sa famille la plus proche.

Même affaibli, Étienne Thisekedi reste notre meilleur atout. Lui seul peut nous rassembler.

Mais voici que le « Vieux » débarque sans prévenir, franchissant le portail dans son 4×4. Il traverse la cour avec sa femme Marthe sur les talons, distribuant les poignées de main sous l’œil des smartphones. Comme tout le monde dans l’assistance, Félix se lève et se raidit. « Bonjour, Papa », lance-t-il quand le vieil homme arrive à sa hauteur. Visage fermé, le père lui tend la main, avant de s’engouffrer dans la demeure sans dire un mot.

Un grand vide

Les effusions de sentiments en public, ce n’était pas le genre d’Étienne Tshisekedi. Figure écrasante et autoritaire, il n’a pas toujours été tendre avec ses fils. Et il y a, en tout cas, un cadeau qu’il s’est toujours refusé à offrir à Félix : l’adouber publiquement en tant que dauphin à la tête de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Tout à sa légendaire détermination, le « Vieux » n’a jamais envisagé une défaite face à la mort.

Avec sa disparition, le parti n’est pas seulement sans tête. Il est aussi sans feuille de route. Les statuts de l’organisation, révisés en 2013, n’offrent pas de marche à suivre crédible : ils prévoient l’élection d’un nouveau président dans un délai trop court (trente jours), après un intérim conduit par un triumvirat aujourd’hui incomplet.

Félix est, malgré tout, le mieux placé pour succéder à son père. Bien sûr, il ne pourra jamais revêtir le costume, trop grand, du « Líder Máximo ». L’aura d’Étienne Tshisekedi était sans égale. Félix le sait et, en fils loyal, il a toujours évité de marcher sur ses plates-bandes.

Chef de clan 

Cela ne l’a pas empêché de creuser son trou au sein du parti. À mesure que la santé de son père déclinait, il est devenu un intermédiaire incontournable. En octobre, il a été promu secrétaire général adjoint de l’UDPS. Ces dernières semaines, il était pressenti pour le poste de Premier ministre. L’accord de partage du pouvoir, finalement conclu le 31 décembre pour sortir du vide constitutionnel, prévoyait en effet que ce poste revienne à l’opposition. La disparition du patriarche rebat les cartes mais Félix est toujours dans la course.

Pour cela, il devra d’abord s’imposer face aux caciques du parti, tout en évitant son éclatement. Pas simple. « Même affaibli, Étienne Thisekedi reste notre meilleur atout, confiait Félix il y a quelques mois. Lui seul peut nous rassembler. »

Félix Tshisekedi n’a pas le caractère retors et calculateur qui caractérise la classe politique congolaise.

À vrai dire, les autres cadres influents du parti ne sont plus si nombreux. Ces dernières années, plusieurs de ses ténors (Bruno Mavungu, Albert Moleka…) ont été évincés. Quelques-uns restent (Valentin Mubake, Bruno Tshibala…) mais le parti s’est recentré sur la famille du chef. Soutenu par sa mère, Félix en est aujourd’hui la figure de proue.

Au soir du décès de son père, c’est lui qui, lesté de chagrin, a pris la parole au nom des siens. C’est lui encore qui devrait apparaître comme le chef de clan lors des grandioses obsèques qui s’annoncent. La lumière et la solennité ne pourront qu’aider à son envol.

Encore un apprenti 

Pour l’instant, l’expérience politique de Félix Tshisekedi est limitée. Il a bien, bien sûr, pu observer son père manœuvrer dans la coulisse. Mais son CV est mince : il se résume à quelques expériences en Belgique, à La Poste et dans des sociétés de transport. Son expérience politique est plus ténue encore. Félix Tshisekedi n’a jamais été ministre. Il a certes été élu député en 2011, mais n’a jamais siégé – son père le lui avait interdit, comme aux autres élus du parti.

Entier – naïf, même, disent ses détracteurs – Félix Tshisekedi n’a pas le caractère retors et calculateur qui caractérise la classe politique congolaise. Il accorde facilement sa confiance, mais la retire tout aussi vite s’il est déçu. La liste est longue de ses anciens proches qu’il considère aujourd’hui comme des traîtres. Il va pourtant devoir s’entourer et apprendre très vite, s’il veut surnager dans le marigot congolais.

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