Politique

Crise anglophone au Cameroun : la fermeté ne suffira pas à garantir l’unité

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Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

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photo d'illustration © Sunday Alamba/AP/SIPA

Fini de jouer. L’ordre règne au Cameroun anglophone. Après deux tentatives de négociations infructueuses avec les grévistes, le gouvernement a changé son fusil d’épaule et décidé d’arrêter les meneurs, le 17 janvier.

Placés en détention, ils attendent leur procès, qui s’ouvrira le 1er février à Yaoundé. Mi-janvier, le gouvernement avait déjà interdit le Southern Cameroon National Council (SCNC), un mouvement prônant la sécession des deux régions anglophones. Censuré, lui aussi, le Civil Society Consortium, qui coordonnait les manifestations.

Pour reprendre le contrôle de la situation, les dirigeants camerounais manient donc le canon à eau avec la même dextérité qu’ils signent les décrets. Empêtré dans un « problème anglophone » dont il a longtemps nié l’existence, le pouvoir de Yaoundé veut désormais le résoudre en lui imposant ses solutions.

Interdire, ce n’est pas guérir

L’État a choisi la fermeté. Mais pour quel résultat à moyen terme ? S’il suffisait d’interdire par décret le mouvement sécessionniste pour enlever dans les cœurs et dans les têtes ce sentiment de ras-le-bol qui pousse les anglophones à défier les institutions, ce serait heureux. Mais la réalité foisonne d’exemples qui démontrent le contraire. Notamment au Cameroun. L’interdiction en 1955 de l’Union des populations du Cameroun (UPC) n’a pas imposé la paix. Elle a provoqué deux décennies d’une sale guerre dont les historiens révèlent, de livre en livre, l’ampleur des atrocités.

Lorsqu’une partie de la population, aussi minoritaire soit-elle, remet en cause son allégeance au drapeau, il faut reconnaître un défaut, voire un échec dans le projet de construction de la nation. La sécession est une option ultraminoritaire et inenvisageable. En revanche, le fédéralisme peut être discuté tandis que la décentralisation est un souhait largement partagé. S’enfermer dans une ligne de fermeté récusant toute évolution n’est pas productif.

Reste que l’attitude du gouvernement n’explique pas à elle seule l’aggravation du problème anglophone. Au nom d’un anticolonialisme de mauvais aloi, certains Camerounais tiennent pour dérisoire la catégorisation de la population en francophones et anglophones. Faut-il être aveugle pour nier le pouvoir d’influence d’un idiome, fût-il emprunté à une ex-puissance coloniale !

Valeurs communes

Non moins coupables, certains médias proches du gouvernement rajoutent à la confusion lorsqu’ils estiment que ceux des anglophones qui manifestent leur mal-être sont forcément « manipulés » par des politiciens tapis dans l’ombre. Ce faisant, ces journalistes sous-entendent qu’en cinquante-sept ans d’indépendance le Cameroun n’est pas parvenu à éduquer une génération de citoyens conscients de leurs droits et devoirs, donc capables de penser par eux-mêmes.

L’ordre public imposé par la coercition ne résoudra pas la question. L’unité du pays ne sera garantie que sur le terrain des valeurs, au premier rang desquelles figure le respect. Respect des différences linguistiques et culturelles ; respect des divergences d’opinions ; respect de la Constitution et surtout des engagements pris, notamment lors de la conférence de Foumban, en 1961. Pour l’instant, le Cameroun en est loin.

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