Série TV : « Mafia et République », pour comprendre les origines de la Corsafrique

© "Mafia et République"/Arte/Capture d'écran

Près de trois heures : c’est ce qu’il faut à la série-documentaire "Mafia et République" pour raconter l’épopée de la mafia corse, de ses origines marseillaises à sa lente agonie africaine. Elle est diffusée ce mardi, sur la chaîne et sur le site d'Arte.

Écrite comme un thriller par Pierre Péan, Vanessa Ratignier et Christophe Nick, et alimentée par des témoins de première main comme la fille de Barthélemy Guerini, célèbre mafieux marseillais, le confident d’Étienne Leandri, figure clé du banditisme corse, ou encore Loïk Le Floch-Prigent, ancien patron d’Elf, la série documentaire que diffusera la chaîne Arte le 7 février ausculte les liens interlopes qui unissent depuis près d’un siècle gangsters d’origine corse, hommes d’affaires et responsables politiques français et africains.

La mafia corse alliée de Foccart

Elle revient dans un premier temps sur « la naissance d’un pouvoir invisible » dans les années 1930, lorsqu’un politicien sans scrupules, Sabiani, s’allie à deux malfrats, Carbone et Spirito, pour conquérir la mairie de Marseille. Elle raconte ensuite comment, après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération s’est mise « au service de la France » durant les Trente Glorieuses tout en organisant l’un des trafics de drogue les plus juteux de l’histoire du XXe siècle.

C’est l’époque, violente, de la décolonisation, du service d’action civique (au sein duquel les Corses jouent un rôle central autour de Jacques Foccart) et de la French Connection, cette organisation qui envoie, depuis Marseille, des tonnes d’héroïne aux États-Unis. Puis la série en arrive à ce qui nous intéresse : comment, dans les années 1960, 1970 et 1980, la mafia corse a servi la « Françafrique » de Foccart en devenant notamment un rouage essentiel du système Elf, et comment certaines de ses figures ont fait fortune dans les jeux d’argent et les casinos avant de tenter de jouer un rôle dans leur île d’origine et de s’y brûler les ailes.

Robert Feliciaggi et Michel Tomi, deux Corses bien connus en Afrique centrale, mais aussi l’inévitable Charles Pasqua et le sulfureux André Tarallo sont les personnages principaux de cette troisième partie. On y voit le premier (assassiné en 2006 après s’être rapproché du parrain Jean-Jé Colonna) se plaindre des amalgames : « Nous sommes corses, nous sommes africains, nous sommes un peu dans la politique, nous sommes un peu dans les jeux, alors ça fait très sulfureux. »

On y observe le second (toujours en vie, et présenté comme « le dernier parrain » par des officines policières) présenter avec fierté son célèbre casino Croisette, à Libreville. Des images d’archives et des interventions de spécialistes idéales pour comprendre les origines de la Corsafrique et les raisons de son déclin, sur lesquelles Jeune Afrique avait enquêté en 2015.

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