Côte d’Ivoire : l’offensive stratégique de Mata Holding face aux leaders de la distribution

Par - à Abidjan

L'enseigne pourrait compter 50 supermarchés en 2020. - photo d'illustration © ANTONIN BORGEAUD/JA

Près de trois ans après la signature de son partenariat avec l’espagnol DIA, le groupe ivoirien a ouvert seize supermarchés à travers le pays. Son objectif : bousculer les ténors que sont CDCI, Prosuma et Carrefour.

Le Petit Poucet de la distribution en Côte d’Ivoire accélère le pas. En moins de deux mois, Mata Holding, de l’homme d’affaires Aboubacar Sidiki Fofana, actif notamment dans la distribution de cigarettes et la production de bouillons, a ouvert 2 supermarchés Citydia, l’un le 30 décembre 2016 à Abidjan, l’autre le 14 janvier à Yamoussoukro, la capitale politique.

Cette enseigne, qu’il exploite depuis 2014, après la signature d’un partenariat (franchise) avec l’espagnol Dia, compte désormais 16 supermarchés, pour un chiffre d’affaires de 29 milliards de F CFA (plus que 4 millions d’euros) attendu en 2016. Il y a un peu plus de deux ans, seules 2 supérettes de son enseigne Le Bon Panier – détenue en propre par Mata Holding – étaient opérationnelles, représentant un chiffre d’affaires de 700 millions de F CFA. Et le groupe avait du mal à approvisionner ses rayons.

Mais la signature d’un partenariat, la même année, avec l’espagnol Dia lui a permis de prendre de l’envergure. Car, dans la foulée, le groupe a construit une centrale d’achat de 15 000 m2 dans la zone industrielle de Yopougon et investi dans une flotte de 14 camions pour fluidifier les approvisionnements. Le groupe a même réussi à convaincre de gros fournisseurs comme Unilever, Nestlé ou Sania d’alimenter ses magasins.

Faire concurrence aux grands leaders

Mata Holding veut maintenant porter le nombre de ses magasins à 20 cette année. Et à 50 en 2020. « L’objectif, explique Ousmane Coulibaly, directeur marketing du groupe, est d’être leader sur un marché où le potentiel de développement est énorme. Les supermarchés et les supérettes ne représentent pas encore 30 % de la distribution dans le pays. Ou, à défaut d’être leader, nous voulons bousculer les champions du secteur. »

Avec l’arrivée, à la fin de 2015, de Carrefour et l’installation, prévue au premier trimestre de cette année, d’Auchan, exploité localement par Top Budget – fondé par l’homme d’affaires ivoiro-libanais Adnan Mohamed Salloub –, l’environnement de la grande distribution dans le pays est en pleine effervescence. Et tous les nouveaux venus tentent de bousculer Prosuma, le leader historique (155 supermarchés et points de vente sous une vingtaine d’enseignes), qui jusqu’ici se partageait le marché avec la Compagnie de distribution de Côte d’Ivoire (CDCI), avec de plus 140 magasins pour ses enseignes CDCI, King Cash et Leader Price.

Commerce de proximité

La stratégie de Mata Holding est axée pour Citydia sur des implantations dans les quartiers résidentiels d’Abidjan et des villes de l’intérieur du pays, où Prosuma n’est pour l’heure pas installé. Quant à son enseigne Le Bon Panier, calquée sur le concept de MiniPrix chez Prosuma, elle sera développée concomitamment avec le réseau Citydia. Le Bon Panier, davantage tourné vers le petit commerce, table sur la création en franchise d’espaces de 80 à 100 m2.

« Nous n’avons pas vocation à créer des centres commerciaux ni à nous y installer. Nous préférons créer des supermarchés de proximité avec des produits de premier choix, de bonne qualité, correspondant aux normes européennes », explique Ousmane Coulibaly. Les magasins Citydia sont l’équivalent des enseignes Cash Ivoire ou Jour de Marché de Prosuma, ou Leader Price de la CDCI, le numéro deux de la grande distribution dans le pays.

Pour se démarquer de ces rivaux, Mata Holding prévoit la création d’une centrale d’achat consacrée aux produits frais. Autant dire que la bataille ne fait que commencer.


ABOUBACAR SIDIKI FOFANA, CE PATRON DISCRET 

Diplômé de sciences et techniques comptables et financières à l’université de Cocody, Aboubacar Sidiki Fofana a débuté dans le négoce du cacao avant de rejoindre British American Tobacco (BAT). En 2006, il lance l’Ivoirienne de distribution de tabac, puis Mata Holding, qui possède une usine de fabrication de bouillons et une unité de conditionnement de lait