Le défi des groupes miniers chinois en Afrique

Un employé chinois contrôle une station de pompage sous-terraine dans la mine de cuivre de Chambishi (Zambie), exploitée par le groupe CNMC. © Sven TORFINN/PANOS-REA

Fusions-acquisitions, rachats et participations massives dans des projets d’exploitation… Pékin exhorte les groupes miniers à renforcer leurs positions en Afrique pour assurer son approvisionnement en métaux.

Alors que l’empire du Milieu représente à lui tout seul 43 % de la demande en métaux de base – fer, cuivre, bauxite-aluminium et manganèse –, les acteurs chinois sont encore méconnus et de taille moyenne dans le secteur minier. « Pas un n’apparaît parmi les 25 plus grandes entreprises mondiales », note Magnus Ericsson, analyste et professeur d’économie minière à l’université technologique de Lulea, en Suède, qui leur consacre ses dernières recherches en Afrique.

Encore des progrès à réaliser

Pourtant, peu à peu, certains groupes gagnent en compétence et se frayent un chemin dans un univers concurrentiel dominé jusqu’alors par les occidentaux. Notamment sur le continent où, contrairement à ces derniers, ils bénéficient d’un soutien diplomatique et financier efficace de la part de leur gouvernement. De simples acheteurs ou traders de minerais, ces sociétés chinoises deviennent actionnaires minoritaires dans des projets extractifs, avant – pour quelques-unes d’entre elles –, de reprendre directement leur exploitation.

Les groupes miniers chinois majeurs en Afrique sont quasiment tous publics – ou semi-publics quand ils disposent d’une filiale cotée à Hong-Kong pour y lever des fonds sur les marchés financiers. À leur tête, des technocrates ou des ingénieurs qui ont grandi dans le giron de l’État et sont à l’avant-poste d’une économie dirigée en pleine mutation.

Inexpérimentées, lourdement endettées, beaucoup d’entre elles affichent une rentabilité médiocre, et leur réputation pèche sur le plan technique, social, et environnemental. Ainsi, pour bâtir des champions miniers, Pékin entend faire le ménage parmi ses entreprises à l’étranger.

L’État favorise donc désormais les rapprochements afin de restructurer leur passif et de faire des économies d’échelle. L’opération de fusion-acquisition qui a permis à l’aciériste BaoSteel d’acquérir en septembre 2016 le minier Wuhan Iron and Steel Corp., actif au Mozambique, affichant de lourdes pertes, en est l’illustration.

Se diversifier

Pékin pousse également ses groupes miniers à diversifier leur portefeuille alors que la plupart d’entre eux étaient spécialisés dans un seul minerai. Chinalco, le géant de la filière bauxite-aluminium, s’intéresse désormais au fer guinéen, et China Molybdenum – producteur de molybdène –, veut acheter la mine de cuivre de Tenke Fungurume en RD Congo.

Par ailleurs, afin de gagner en performance, il n’est plus question pour ces groupes de faire du « tout-chinois », en s’appuyant uniquement sur des cadres venus de l’empire du Milieu. Un mode de management qui les a longtemps coupés des réalités locales. Pour exemple, les grèves à répétition menées par les salariés zambiens de China Nonferrous Metal Mining Co. (CNMC) en 2011 et en 2012, dénonçant les mauvaises conditions de travail et l’importation de travailleurs chinois.

Certaines sociétés minières chinoises n’hésitent donc plus à intégrer des cadres étrangers pour gagner en compétences. C’est le cas de China Minmetals Corporation qui, après avoir racheté Anvil Mining, une société canadienne active dans le cuivre en RD Congo, en a maintenu la structure opérationnelle.

Travailler avec l’étranger

D’autres, comme Aluminum corporation of China limited (Chinalco), ont choisi d’apprendre aux côtés de partenaires occidentaux reconnus, avant de reprendre des exploitations à leur compte. Ainsi Chinalco décide, après cinq ans de partenariat avec le géant anglo-australien Rio Tinto sur le projet minier de fer du Mont Simandou, de lui racheter ses parts pour 1,3 milliard de dollars (soit 1,2 milliard d’euros) en septembre dernier.

« Les Chinois sont loin de pouvoir concurrencer les géants anglo-saxons tels que Rio Tinto, BHP Billiton et Anglo American, mais ils seront les grands miniers de demain », prédit Magnus Ericsson, qui voit, d’année en année, ces groupes prendre des positions en Afrique. Notamment ces derniers mois, profitant d’opportunités pour acquérir des gisements à prix cassés, du fait de la chute des cours.

Des investissements qu’ils réalisent essentiellement dans des projets déjà en exploitation – presque jamais en exploration et très rarement en phase de développement. Jeune Afrique dresse le portrait des trois premiers groupes miniers chinois avec lesquels il faut désormais compter.

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