RD Congo : le grand retour de Léonard She Okitundu

Au sommet de Bamako, en janvier 2017. © Nicolas Réméné

Le nouveau ministre des Affaires étrangères de la RD Congo a représenté son pays au sommet Afrique-France de Bamako. Un come-back sur le devant de la scène après dix ans dans l’ombre.

La traversée du désert de Léonard She Okitundu, qui vient de participer au nom de la RD Congo aux travaux du sommet Afrique-France, a commencé lorsqu’il a échoué, en mai 2007, à prendre le perchoir de la chambre haute du Parlement, dominée par les sénateurs de sa famille politique. « Ce fut un coup de massue », confiait-il récemment à JA.

De cette désillusion, l’élu de Sankuru (Centre) garde encore le sentiment d’avoir été « lâché » et « trahi » par les siens. « Dircab » du chef de l’État à l’époque, She se retrouve du jour au lendemain « simple sénateur », se contentant de jouer au rapporteur au sein de l’Union interparlementaire, l’organisation mondiale des parlements des États souverains.

Négociations avec l’opposition

Près d’une décennie plus tard, le revoici chef de la diplomatie congolaise. Il faut dire que, ces derniers mois, She a fait partie du groupe restreint constitué autour du chef de l’État pour négocier avec l’opposition, notamment avec l’emblématique Étienne Tshisekedi. Il a même joué un rôle très actif durant les pourparlers avec l’opposition qui ont abouti à un accord fin décembre censé préparer l’après-Kabila.

Exit quelques poids lourds de la majorité présidentielle (MP), dont le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda. Soupçonné de vouloir se maintenir au pouvoir, Joseph Kabila subit des pressions de toutes parts, mais a su négocier via ce processus de dialogue une prolongation d’une année à la tête du pays. Au minimum.

Vision outre-atlantique

Pendant ce sursis, She va tenter de recoller les morceaux de la relation entre la RD Congo et les pays occidentaux, notamment la France. « Jean-Marc Ayrault m’a promis que les choses se feraient désormais autrement », assure-t-il. Des contacts sont déjà envisagés avec les potentiels successeurs de François Hollande, « surtout François Fillon », qui a la faveur des pronostics.

Avec les États-Unis, d’où sont venues les premières sanctions contre les proches de Kabila sous l’administration Obama, « il faut encore attendre », estime She. Kinshasa cherche pourtant déjà à engager des cabinets de lobbying outre-Atlantique. Et il faudra aussi rassurer les pays voisins. À commencer par l’Angola, qui semble pencher pour une alternance en RD Congo. Alors que le pays n’est « pas le mieux placé pour donner des leçons dans ce domaine », tacle le ministre, en bon défenseur de son chef.

Fidèle à Kabila 

Car si beaucoup le considèrent comme une « colombe » – certains l’affublant même de l’étiquette de « droit-de-l’hommiste » (il a travaillé quinze années au sein de Caritas pendant son exil en Suisse), She, à bientôt 71 ans, n’en est pas moins kabiliste. Le natif de Lodja a rejoint le régime à ses balbutiements. Il est le tout premier ambassadeur itinérant du président Laurent-Désiré Kabila en 1997, avant de devenir ministre des Droits humains l’année suivante.

C’est d’ailleurs en cette qualité qu’il s’« impose » pour protéger les Tutsis de la capitale après le déclenchement de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenue par le Rwanda. En octobre 2000, She gravit un autre échelon et est nommé ministre des Affaires étrangères. Mais, trois mois plus tard, Kabila père est assassiné à Kinshasa. Lui se trouve alors à Yaoundé, où il représentait le chef de l’État au sommet… Afrique-France. Déjà. La boucle semble bouclée.