Maurice Kamto : « Nous pouvons battre le parti au pouvoir »

Maurice Kamto © Borigue/Flickr

L’ex-ministre camerounais délégué à la Justice est parvenu à s’imposer comme le meilleur opposant de Paul Biya. Si la route est encore longue avant la présidentielle de 2018, il est déjà sur le pied de guerre.

Même si les dates n’ont pas encore été fixées, l’ex-doyen de la faculté de droit de l’université de Yaoundé-II a déjà les yeux tournés vers la présidentielle de 2018. À la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) depuis 2012, il entend faire tomber un système auquel il a appartenu durant sept ans en tant que ministre délégué à la Justice. Il a reçu Jeune Afrique chez lui, à Yaoundé.

Jeune Afrique : Vous demandez une réforme du code électoral depuis 2013. Y croyez-vous encore ?

Maurice Kamto : Si le gouvernement voulait organiser un scrutin crédible, transparent et apaisé et préserver la paix, il comprendrait que cette réforme est indispensable. Nous avons accepté de renoncer à la biométrie intégrale – les autorités nous opposent qu’elle serait trop onéreuse –, mais nous voulons simplifier le décompte des voix et mettre en place le bulletin unique pour que l’on ne puisse plus prouver, contre de l’argent, que l’on n’a pas voté pour tel ou tel parti en conservant le bulletin correspondant. Nous demandons aussi l’application de la loi qui interdit le vote dans les casernes militaires. Mais même si nous n’obtenons pas gain de cause, nous participerons à la présidentielle.

Faut-il limiter le nombre de mandats ?

Je suis pour un mandat renouvelable une fois, un septennat ou un quinquennat.

Le pouvoir a poussé les plus modérés dans les bras des radicaux et des sécessionnistes. »

Êtes-vous favorable à la formation d’une coalition de l’opposition ?

Je suis ouvert à un rassemblement de formations politiques et d’organisations de la société civile. C’est ce que je souhaitais lorsque nous avons créé le MRC : je suis allé voir tous les leaders de partis d’opposition à l’exception de John Fru Ndi [fondateur du Social Democratic Front (SDF)], y compris Alice Sadio, de l’Alliance des forces progressistes (AFP), et Kah Walla, du Cameroon People’s Party, pour que l’on se rassemble derrière le mieux placé pour les législatives. Mais cela ne s’est pas fait.

Par la suite, nous avons proposé à toutes ces formations, y compris le SDF, de créer un secrétariat pour coordonner nos actions. Mais aucun n’a répondu ! Je suis ouvert mais je ne vais pas non plus m’épuiser à tenter de créer une dynamique qui tournerait à la bataille d’ego. Le MRC se prépare à aller aux élections, quels que soient le ou les adversaires, avec la ferme intention de gagner. Je suis convaincu que nous pouvons battre le RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, au pouvoir] !

Des émeutes ont récemment éclaté à Bamenda ou à Buea. Pensez-vous que cette grogne des anglophones aura une incidence majeure sur la présidentielle ?

Cela dépendra de la façon dont le gouvernement s’occupera du problème. Il peut parvenir à régler les choses superficiellement, notamment par l’argent. Mais le problème est plus sérieux qu’il n’y paraît. Avec l’inaction des autorités, les revendications des avocats et des enseignants se sont transformées en remise en cause de la forme et de la gestion de l’État. En outre, en perpétrant des violences sur les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le pouvoir a poussé les plus modérés dans les bras des radicaux et des sécessionnistes. C’est un problème qui ne se résoudra pas rapidement car il touche aussi à la formation des cadres, notamment dans l’Administration.

Peu d’informations ont filtré sur la catastrophe ferroviaire d’Eseka, le 21 octobre, et la commission d’enquête conduite par le Premier ministre n’a pas rendu publics ses travaux. Connaîtra-t-on un jour la vérité ?

La date de rendu du rapport de la commission est en tout cas dépassée. Cela m’étonnerait que rien n’ait été transmis au chef de l’État, et celui-ci a loisir d’exploiter les conclusions comme il le souhaite. Le problème, c’est qu’il n’y a aucune obligation d’informer l’opinion.

Vous êtes très critique envers le Premier ministre, Philémon Yang… 

Il n’y a aucune raison pour qu’il ne paie pas les conséquences de tant d’incompétence. L’État s’est endetté pour investir 26 milliards de F CFA (39,6 millions d’euros) dans la réhabilitation du stade Ahmadou-Ahidjo alors que le FMI nous prescrit un retour à l’ajustement structurel ! Sur le marché des eurobonds, le Cameroun emprunte à un taux de 9,5 %, contre 6,5 % pour la Côte d’Ivoire !

Nous devons informer les Camerounais et organiser des élections libres. S’ils choisissent, de façon crédible, de continuer à se rouler dans la fange avec la même équipe, je respecterai leur décision. Mais si le choix des urnes se porte sur d’autres, le pouvoir actuel devra accepter de partir.

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