Fermer

Littérature : l’éternelle leçon de vie de la poétesse américaine Maya Angelou

Maya Angelou chez elle, à Winston-Salem, en Caroline du Nord aux États-Unis, le 20 mai 2010. © Nell Redmond/AP/SIPA

" Lettre à ma fille", le recueil de l’Américaine engagée Maya Angelou, publié en 2009, offre une fine réflexion sur le monde actuel autant qu'il invite à l'auto-critique.

Jusqu’au crépuscule de sa vie, elle aura été en avance sur son temps. « À quel moment avons-nous abandonné notre désir de haute autorité morale à ceux qui salissent le paysage national de propos vulgaires et d’hypothèses grossières ? » écrit Maya Angelou dans ce recueil d’anecdotes, de poèmes et de réflexions publié pour la première fois en 2009 outre-Atlantique. Comme si, bien avant sa mort, en 2014, à l’âge de 86 ans, elle avait pu prévoir l’irrésistible ascension de Donald Trump.

Où que tu choisisses de vivre, tu auras toujours à affronter de suprêmes ignorances.

Dans Lettre à ma fille, la poétesse américaine s’adresse à cette enfant qu’elle n’a jamais eue, et à travers elle à toutes les jeunes Américaines, à toutes les jeunes filles du monde, dont elle fait ses propres descendantes. Un message d’espoir pour l’avenir, lourd de sens et de confidences. Sans détour, elle parle du viol dont elle a été victime. Des terribles lois de la ségrégation et du racisme avec lesquels elle a grandi. « Où que tu choisisses de vivre, tu auras toujours à affronter de suprêmes ignorances », prévient cette figure du mouvement pour les droits civiques, qui fut proche de James Baldwin, de Malcolm X, de Martin Luther King et de sa femme Coretta Scott – sa « sœur de cœur ».

Mais l’intellectuelle admet aussi ses failles, sa propre méconnaissance du monde, avec une franchise déconcertante. Quand elle raconte l’Afrique, ses voyages au Maroc ou au Sénégal, elle expose ses propres fantasmes et préjugés. La lecture de cette missive aussi personnelle qu’universelle nous laisse avec des regrets : que certains chapitres de cette vie hors du commun soient trop vite refermés, que ses illustres compagnons de route ne soient souvent qu’évoqués… Mais c’est peut-être là que réside la force de cette femme de luttes et de lettres. Aller droit au but. Et viser juste.