Bénin : Romuald Wadagni, ce jeune loup qui veut redresser le pays

Par - à Cotonou

Le 15 décembre 2016, le ministre a fait preuve d’autorité et de charisme pour convaincre les députés d’adopter son budget. © B.KOFFI/ Agence Images Diffusion

Ancien associé du cabinet Deloitte, le ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, porte pour 2017 un budget ambitieux. Sa mission : remettre le pays, frappé par la récession au Nigeria, sur la voie du développement.

L’histoire retiendra que, sous son ministère, le Bénin a voté mi-décembre 2016 le budget d’État le plus élevé de son histoire : 2 010 milliards de francs CFA (3 milliards d’euros) pour 2017. « Il s’agit d’un budget ambitieux à la mesure de la volonté politique. Nous donnerons des réponses méthodiques et systématiques aux défis de développement qui s’imposent à notre pays », explique, plein d’assurance, le ministre des Finances Romuald Wadagni.

À l’instar du ministre ivoirien du Budget, Abdourahmane Cissé (35 ans), ou de son alter ego marocain chargé des Petites Entreprises et de l’Intégration du secteur informel, Mamoune Bouhdoud (33 ans), il fait partie de cette nouvelle génération de très jeunes cadres africains ayant évolué dans de grands groupes à l’international et qui reviennent occuper des positions clés au sein des gouvernements de leurs pays.

Économiste à l’échelle internationale

À tout juste 40 ans, Romuald Wadagni affiche en effet un parcours déjà riche. « J’ai pu bénéficier de la providence divine et je me suis acharné au travail », commente dans son bureau du ministère ce diplômé de Harvard Business School et de l’École supérieure des affaires de Grenoble (France). Expert-comptable en France et aux États-Unis, Romuald Wadagni a fait toute sa carrière chez Deloitte, qu’il a intégré en 1999. Pour le compte du cabinet international, il a été l’auditeur dans de nombreux groupes internationaux, parmi lesquels le géant français des télécoms, Orange. Devenu associé de Deloitte en 2012, il crée les bureaux du cabinet international à Kinshasa et à Lubumbashi.

Nous devons rendre au développement un visage humain »

Parallèlement, il est à la tête de la direction de la qualité et des risques pour l’ensemble des filiales de Deloitte en Afrique francophone. En 2015, il devient responsable de l’audit pour l’Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, Gabon, Congo, Guinée équatoriale, RD Congo, Maroc, Algérie et Tunisie). Entre l’Europe, l’Amérique et le continent africain, celui que ses interlocuteurs qualifient d’ambitieux s’est construit une solide réputation dans le domaine des introductions en Bourse, des opérations d’acquisition et de fusion ainsi que dans les opérations de levées de fonds au profit des multinationales. Une somme d’expériences qui lui sera utile au ministère, dont l’un des objectifs est un programme de dénationalisation des entreprises publiques.

Proche de Patrice Talon

Au cours de ses années à Deloitte, il affermit ses relations avec l’actuel président, Patrice Talon. C’est d’ailleurs le cabinet américain qui s’occupe de l’audit de toutes les entreprises du groupe Talon, que ce soit dans le coton ou dans l’hôtellerie. Autant dire qu’il compte parmi les premiers du cercle présidentiel du palais de la Marina. Inscrit sur tous les voyages du président, il est avec le ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbenonci, l’un des deux ministres les plus proches du président, le tout sans avoir aucune étiquette politique.

Extrêmement sollicité par le chef de l’État, il est souvent dès 6 heures du matin à la présidence pour préparer des réunions avec des investisseurs ou traiter des questions économiques. Fin juillet 2016, au sortir d’une de ces rencontres avec Patrice Talon, il déclarait dithyrambique à Jeune Afrique : « On va faire quelque chose d’exceptionnel ! » C’était juste avant la première grande mesure fiscale de l’ère Talon. C’est également lui et l’expert-comptable Johannes Dagnon, cousin et conseiller spécial du président, qui peaufinent les axes de développement économique du programme d’actions du gouvernement publié mi-décembre 2016.

« Le président m’a notamment confié la mission de réformer l’économie de notre pays pour la sortir du tout-informel en ne laissant pas sur le bord du chemin nos populations les plus pauvres. C’est un souci permanent du président Talon, qui n’oublie pas que ce sont en premier lieu ces gens qui lui ont fait confiance. Nous devons rendre au développement un visage humain », assure Romuald Wadagni. Marié et père de deux enfants, le ministre est aussi discret que rigoureux. Ses premières mesures à la tête de l’administration financière montrent, disent ses proches, son attachement à la méthode et son sens des résultats. Son credo : l’assainissement des finances publiques et la relance de l’économie.

Porté par l’ambition de voir son pays prospérer

Déjà, le collectif budgétaire de juillet 2016 portait sa marque par son appui sur trois piliers majeurs : le resserrement de l’architecture gouvernementale et le redimensionnement à la baisse du périmètre d’activité des services publics, la revue de la qualité de certaines dépenses publiques et la réorientation des ressources vers des secteurs productifs. Avec le budget de l’exercice 2017, il s’agit, pour le ministère de Wadagni, d’impulser une politique de rationalisation et de réorientation des ressources aux fins de soutenir l’activité économique.

Les programmes structurants prévus dans le portefeuille des investissements publics en 2017 sont ainsi destinés à « renforcer les bases structurelles de l’économie béninoise », notamment par « l’amélioration du climat des affaires, le développement de la résilience de l’économie aux chocs endogènes et exogènes, à travers le renforcement de l’État de droit et de la démocratie et la promotion des industries de transformation à travers des incitations fiscales », indique la note explicative publiée par la direction du budget du ministère des Finances.

Apprécié par les Béninois pour son brillant parcours et sa technicité, le jeune ministre entame en 2017 la première année d’exécution d’un budget record. Avec la morosité économique à Cotonou, conséquence de la récession au Nigeria voisin, c’est peu dire qu’il va désormais entrer dans le vif du sujet.

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