Maroc : que fait Abdelilah Benkirane ?

Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement marocain. © Hassan Ouazzani/JA

En ce mois de décembre et depuis plusieurs semaines, un gouvernement réduit expédie les affaires courantes en attendant que le PJD forme sa majorité. Raisons et conséquences d’une paralysie inédite.

Alors, ce nouveau gouvernement ? Au Maroc, la question est sur toutes les lèvres depuis plusieurs semaines. Et se décline : que fait Abdelilah Benkirane, le chef de gouvernement nommé ? Où en est-il dans ses négociations avec l’homme clé de la sortie de crise, Aziz Akhannouch, le nouveau président du Rassemblement national des indépendants (RNI) ? Que se passerait-il s’il n’arrivait pas à former une majorité ? Aux terrasses des cafés comme dans les salons des palaces, les discussions s’enlisent pour aboutir à un constat amer : « De toute manière, c’est le roi qui est aux manettes. Le pays continue de tourner ! »

Benkirane mis à l’écart

Pour certains, c’est justement ce message que le Palais adresse au Parti de la justice et du développement (PJD), vainqueur des législatives. La nomination rapide (trois jours après le scrutin) d’Abdelilah Benkirane contraste avec le temps pris par ce dernier (plus de deux mois, et ce n’est pas fini) pour constituer une majorité. Plus que jamais, le décalage entre l’action de la monarchie exécutive et l’inertie de la classe politique est flagrant.

Tandis que le secrétaire général du parti plébiscité par les urnes piétine dans ses tractations avec les autres formations, le Palais assure la « bonne marche de l’État ». Durant la COP22 ou lors du sommet des présidents africains, organisé en marge de l’événement onusien à Marrakech, le chef de gouvernement a été réduit au simple rôle de figurant.

Pis, il a été mis hors circuit lors de la tournée royale, pendant laquelle plus de 80 conventions ont été signées. Seule apparition publique de Benkirane aux côtés de Mohammed VI : lors d’une réunion – présidée par le roi – avec des responsables nigérians au sujet du projet de gazoduc à Abuja.

Une position à clarifier

Aziz Akhannouch, le principal interlocuteur de Benkirane, est en revanche de tous les voyages du roi. En tant que ministre de l’Agriculture sortant, il a accompagné Mohammed VI dans les six pays où s’est rendu celui-ci ces deux derniers mois. Et quand il ne vole pas dans l’avion royal, le patron du RNI fait la tournée des régions pour resserrer les rangs du parti, laissant de côté les négociations avec le chef de gouvernement. S’il croise celui-ci, c’est lors d’enterrements, un cadre peu approprié aux discussions politiques…

La situation semble agacer Benkirane. Le 18 décembre, il est sorti de sa réserve lors d’une réunion interne du parti de la lampe pour appeler « le RNI à clarifier sa position ». Depuis, aucune réponse du président Akhannouch, qui semble camper sur sa condition : exclure l’Istiqlal du futur gouvernement. Un compromis que le parti islamiste n’a pas l’air près d’accepter, redoutant de se retrouver à la merci d’un partenaire politique unique, susceptible de lui tourner le dos à tout moment.

Un pays au ralenti

Dans ce jeu d’usure, les partisans de Benkirane restent sereins et laissent venir : « C’est à ceux qui bloquent la formation d’une majorité de déclarer leurs intentions. Que vont-ils nous proposer pour sortir de la crise ? L’option de nouvelles législatives ne nous dérange pas », assure un dirigeant du PJD. Un scénario qui reste néanmoins peu plausible vu son coût (le ministère de l’Intérieur avait distribué aux partis 250 millions de dirhams, soit près de 23 millions d’euros de subventions, pour l’organisation de ce scrutin) et dont l’efficacité n’est pas garantie : « Si des élections devaient se tenir à nouveau, la seule formation à même d’améliorer son score serait le PJD. Cela n’arrangerait pas forcément les affaires de ceux qui bloquent aujourd’hui », assure un politologue.

Cette crise inédite laisse le pays dans l’expectative. La machine législative ne fonctionne plus, le Parlement est au chômage technique. La Chambre des députés n’arrive même pas à constituer son bureau, sachant que l’élection de son président (troisième personnalité dans la hiérarchie de l’État) dépend d’habitude des arrangements entre partis de majorité.

Même pour le budget 2017, le gouvernement sortant a dû recourir à une mesure exceptionnelle pour assurer les crédits nécessaires à la marche des services publics. Bref, une affectation au ralenti qui ne sera pas sans conséquences sur le taux de croissance, lequel dépend étroitement des commandes publiques. Mais elle a le mérite de donner ­l’impression que le pays « continue de tourner ».

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