Dossier

Cet article est issu du dossier «Une autre Côte d'Ivoire»

Voir tout le sommaire
Politique

Côte d’Ivoire : le bras de fer dure entre le gouvernement et les syndicats

Célébration du 1er mai 2016 par l’Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire. © SIAKAMBOU/AFP

Dans de nombreux secteurs, les débrayages se multiplient. Les enseignants ont cependant suspendu leur mot d’ordre. Prêts à reprendre le mouvement si un accord n’est pas rapidement trouvé.

Syndicats d’enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, fonctionnaires de la justice, agents du ministère du Pétrole et de l’Énergie, entreprises publiques comme la Société nationale d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci)… Depuis le début de 2016, les mouvements de grève se sont multipliés dans de nombreux secteurs. Et entre le gouvernement et les partenaires sociaux, c’est souvent le bras de fer

« Grève sauvage »

Quand le mouvement de colère des fonctionnaires contre la mise en œuvre de la réforme des retraites – une mesure actée en 2012 mais qui n’a commencé à se faire sentir que cette année – s’est durci en novembre, leur grève a été jugée « illégale ». Quelques semaines plus tôt, lorsque la réforme des rythmes scolaires instituant les cours le mercredi a provoqué la grogne des instituteurs, les discussions avec le gouvernement ont rapidement pris un tour explosif. La ministre de l’Éducation, Kandia Camara, s’en est vivement prise aux grévistes, notamment à Mesmin Comoé, le secrétaire général du Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (MIDD).

« Allez dire à Mesmin Comoé que si lui et des enseignants de son bord mènent une grève sauvage et illimitée, la riposte sera sauvage et inoubliable pour lui et ses sbires, a-t‑elle déclaré en septembre. Écrivez-le noir sur blanc. Dites-lui que trop, c’est trop ! La récréation est terminée. […] S’il enclenche cette grève, ça va être sa dernière grève au ministère de l’Éducation nationale. »

Le président, Alassane Ouattara, a personnellement évoqué cette question le 11 novembre. « Je suis entièrement d’accord que ces grèves, notamment quand elles sont illégales et intempestives, sont une violation de nos droits. Parce que, tout de même, c’est un droit fondamental d’envoyer nos enfants à l’école et de leur donner une instruction », a-t‑il déclaré, avant de poursuivre : « Quand les enseignants, les fonctionnaires se lèvent comme ça sans suivre les procédures légales pour aller en grève, cela est totalement inadmissible. Bien sûr, la loi sera appliquée de manière intégrale et sans exception, comme je l’avais d’ailleurs annoncé le 1er mai 2015. Donc, les uns et les autres ont le droit de grève, mais il faut suivre les procédures définies par la loi, et cela a été bien établi. Je me souviens que, quand j’étais Premier ministre, c’est en 1992 que nous avons défini ensemble avec les syndicats le droit, les procédures à suivre pour aller en grève. »

Un défaut de communication

Les enseignants ont finalement suspendu leur mot d’ordre après le dialogue ouvert par le gouvernement. « Nous en sommes seulement à la mise en place d’un cadre de discussions. Si nous ne trouvons pas de solution avant le début de l’année 2017, nous prendrons de nouvelles dispositions », affirme Mesmin Comoé, rappelant qu’« une centaine de responsables syndicaux ont été suspendus depuis septembre ».

La situation dans l’enseignement est révélatrice des tensions entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Des cadres de dialogue existent pourtant dans certains ministères techniques, comme le Conseil consultatif de l’éducation nationale, le Comité de dialogue social de la fonction publique (CDFFP) et la Conseil national du dialogue social (CNDS), installé à la primature.

« Ce sont des coquilles vides, affirme Mesmin Comoé. Aucune rencontre sur le fond des problèmes ne s’y tient. Des décisions qui devraient être prises par consensus sont décidées de façon unilatérale. En Côte d’Ivoire, on aime prôner le dialogue quand bien même on ne compte pas dialoguer. »

Fermer

Je me connecte