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Cet article est issu du dossier «Une autre Côte d'Ivoire»

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Médias

Côte d’Ivoire : en voiture avec « Taximan Kpakpato »

Claude Lecat (à g.), concepteur et coréalisateur de la série, et l’acteur Ghislain « Gianni » Cian. © YOURI LENQUETTE POUR JA

Avec ce chauffeur indiscret et bavard, les trajets dans Abidjan sont désopilants. Plébiscitée, la série d’Africabox TV va se poursuivre sur une deuxième saison.

Depuis la diffusion de son premier épisode sur YouTube en avril, la série Taximan Kpakpato fait le buzz et, surtout, elle fait mourir de rire les Ivoiriens. Avec plus de 4 millions de vues, sans compter les partages sur les réseaux sociaux, les quelque 240 épisodes de la saison 1 se sont propagés au-delà du pays pour aller chatouiller les zygomatiques de la diaspora ivoirienne et africaine francophone de par le monde, où, en attendant la saison 2, on continue de se repasser en boucle les dizaines de saynètes déjà cultes.

Comédiens amateurs

En argot local, le « kpakpato », c’est celui qui raffole des commérages, se mêle de discussions qui ne le regardent pas et passe son temps à critiquer les autres : la marque de fabrique du chauffeur de taxi abidjanais, rôle-titre de la série tenu par Célestin N’goran Yao. Un casting de 80 personnes a permis de retenir une dizaine de comédiens amateurs pour jouer les passagers, parmi lesquels Orelly Djamat Dubois, Mariam Merry Saka, Marina Mahan Ipoté ou encore Ghislain Séhoué, jusqu’alors illustres inconnus dans le gotha de la comédie. À l’instar de Célestin Yao, qui, dans la « vraie vie », est comptable dans une entreprise locale.

La réussite de ce programme court (un épisode dure environ cinq minutes) n’est pas si étonnante : les spectateurs y retrouvent leur quotidien caricaturé et l’on se souvient que, en 2008 déjà, le duo de musique urbaine zouglou de Yodé et Siro avait fait un tabac en raillant l’attitude des « taximen kpakpato » dans leur titre Taximètre. Ce qui est plus surprenant, c’est que le succès persiste sur autant d’épisodes.

C’est une série télé diffusée par la chaîne Africabox TV puis mise en ligne sur YouTube

Par ailleurs, contrairement à ce que beaucoup de spectateurs pensaient lorsque le bouche-à-oreille les a conduits à se précipiter sur internet, Taximan Kpakpato n’est pas une web-série. « C’est une série télé diffusée par la chaîne Africabox TV puis mise en ligne sur YouTube », précise son concepteur et producteur, Claude Lecat.

Ancien présentateur de la chaîne publique nationale Radiodiffusion-Télévision ivoirienne (RTI), il a rejoint le siège ivoirien d’Africabox TV (créée en 2009) en tant qu’animateur, avant d’être promu responsable du département comédie et cinéma.

Vers une diffusion sur la RTI

La diffusion de la saison 2, qui comptera également 240 épisodes de cinq minutes, devrait débuter pendant les fêtes de fin d’année. « Cette nouvelle saison va nous permettre de corriger les imperfections de la première. Nous apporterons des améliorations techniques, le jeu des acteurs sera plus abouti », assure Claude Lecat, qui regrette cependant que le budget, trop petit, rende souvent les tournages compliqués.

Un problème qui sera peut-être bientôt résolu puisque le succès de Taximan Kpakpato a attiré l’attention des dirigeants du groupe public RTI, qui envisagent de programmer la série sur la chaîne nationale et ont engagé des discussions en ce sens avec les producteurs. Ces derniers ambitionnent de voir la série diffusée sur les chaînes panafricaines et, pourquoi pas, de la faire ensuite passer dans un format plus long, sous réserve de trouver des financements.

En attendant, Claude Lecat déborde d’idées. Il songe déjà à une nouvelle production : Lady Driver, dans la même veine, mais en version féminine. « L’histoire d’une femme chauffeur qui est si bien renseignée sur tout le monde en ville que son taxi est prisé aussi bien par les élites que par les petites gens, qui viennent y entendre ou y livrer les derniers kpakpatoyas », s’amuse-t‑il déjà.

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