Côte d’Ivoire : la longue route du permis à point

Echangeur du pont Henri Konan Bédié, quartier de Marcory, Abidjan, Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

Grand gagnant de l’appel d’offres sur la réforme du secteur routier, Quipux Afrique multiplie les activités. Même s’il a dû suspendre la fabrication des nouveaux permis de conduire.

En cette froide journée de début novembre au cours de laquelle il rencontre Jeune Afrique à Paris, Ibrahima Koné a le sourire. Et pour cause : le gouvernement ivoirien vient d’adopter un décret sur les transports routiers instaurant notamment un permis de conduire à points, et c’est sa société, Quipux Afrique, qui est l’opérateur technique de ce nouveau système. Chaque détenteur d’un permis sera désormais crédité d’un capital de points, lequel sera amputé en cas d’infraction au code de la route.

Filiale du groupe colombien éponyme, Quipux Afrique, dont le capital est détenu à 35 % par le gouvernement ivoirien, a été chargé dès 2014 de fournir aux conducteurs de nouveaux permis (au format carte de crédit et à puce électronique). Il s’agissait alors de poser les premiers jalons de la réforme portée par Gaoussou Touré, le ministre des Transports.

« Le gouvernement vient de nous donner un signal très fort, annonce Ibrahima Koné. Le permis à points, c’est l’aboutissement de tout ce que nous avons mis en place depuis deux ans. » Un signal fort et surtout, il l’espère, l’assurance qu’il va enfin pouvoir mener sa mission et redémarrer entièrement son activité.

Suspension de la réforme levée

En mai, afin de calmer une grogne sociale croissante contre la cherté de la vie, Alassane Ouattara annonçait, entre autres, la suspension pure et simple de la réforme du permis de conduire. Pour se procurer le nouveau document, les Ivoiriens doivent en effet débourser 13 600 F CFA (environ 21 euros), une somme que les syndicats estiment trop élevée et inutile dans bien des cas.

« Le renouvellement des permis de conduire ne devrait pas viser tous les conducteurs », tranche alors le chef de l’État, à la surprise générale, dans son discours du 1er mai, avant de demander au gouvernement de lui faire « dans les prochaines semaines des propositions sur les conditions de poursuite de cette opération ».

Pour le ministère des Transports et son opérateur technique, Quipux Afrique, même si on ne l’avoue pas, c’est la douche froide… D’autant plus qu’à l’époque l’affaire est bien engagée et que plus de 200 000 permis ont déjà été renouvelés. Mauvaise compréhension de la réforme et de ses enjeux, problèmes de communication, contexte social tendu, soupçons de connivence entre le ministre des Transports et le directeur général de Quipux Afrique – que ce dernier a toujours réfutés en assurant que son entreprise avait remporté l’appel d’offres à la loyale… « Toutes ces polémiques sont derrière nous », se réjouit aujourd’hui Ibrahima Koné.

Un vaste projet de sécurisation du sréseau routier

Désormais, sa seule préoccupation est l’avenir, pour confirmer le positionnement et les ambitions de Quipux Afrique. Une entreprise que le jeune patron (il a 41 ans), ex-directeur commercial du concessionnaire Société d’équipements techniques automobiles de Côte d’Ivoire (Setaci) et expatrié au Brésil à la fin de 2008, dirige depuis deux ans, après avoir convaincu les dirigeants de la maison mère de tenter l’aventure africaine. « C’était un choix risqué. Nous étions en 2012, juste après la crise, et personne ne connaissait Quipux en Côte d’Ivoire, raconte-t‑il. Mais j’étais convaincu de la pertinence d’une coopération Sud-Sud. Nous avons des réalités, des contextes, des profils économiques similaires, et nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. »

Quelles sont les activités de l’entreprise et quel sera son rôle dans le cadre de la nouvelle réglementation en matière de transports routiers ? « Malgré la suspension de la réforme, nous continuons à travailler, car le renouvellement des permis n’est qu’un aspect de la réforme globale du secteur, sur laquelle nous planchons avec le ministère, précise Ibrahima Koné. La Côte d’Ivoire s’est engagée auprès des Nations unies à réduire de 50 % les accidents de la route mortels d’ici à 2020 et, pour y parvenir, nous devons travailler sur plusieurs fronts : éducation routière, ­sensibilisation aux dangers, sanctions des mauvais conducteurs, etc. Les défis sont énormes et seront plus importants encore au vu de l’urbanisation galopante. »

Près de 1000 emplois créés

Avec un chiffre d’affaires de 15 milliards de F CFA en 2015, l’entreprise, qui bénéficie de l’expertise et des solutions technologiques éprouvées par sa maison mère en Colombie et au Brésil, a en effet un champ d’activité particulièrement large : formation d’agents de police à la sécurité routière, renforcement de la capacité des auto-écoles, création d’une base de données regroupant toutes les informations (y compris médicales) sur les conducteurs ivoiriens, etc.

L’entreprise a par ailleurs été chargée d’installer 31 centres de gestion intégrée sur l’ensemble du territoire, dont la plupart sont déjà construits : des plateformes où les conducteurs, particuliers et professionnels, peuvent effectuer toutes leurs démarches (permis, plaques d’immatriculation, titres de transporteurs, etc.). Ce maillage va permettre de sécuriser les procédures, de réduire les intermédiaires, les délais et les frais.

« En deux ans, nous avons déjà investi plus de 20 millions d’euros en Côte d’Ivoire et créé près de 1 000 emplois », affirme Ibrahima Koné, qui compte désormais étendre le champ d’action de Quipux Afrique à la sous-région voire au continent. Il espère ouvrir un bureau à Dakar dès le premier semestre de 2017.