Côte d’Ivoire : la cité balnéaire de Jacqueville de plus en plus fréquentée

Un bac assure la liaison entre Abidjan et Jacqueville. © Nabil Zorkot/JA

Avec la construction du pont Philippe-Grégoire-Yacé, la cité balnéaire, jusqu’alors enclavée entre la lagune et l’Atlantique, est en plein développement. Pour le plus grand plaisir des Abidjanais.

Enclavée, Jacqueville n’a longtemps été accessible que par un vieux bac qui traversait quotidiennement la lagune Ébrié depuis Songon pour rejoindre N’Djem, le premier village de la commune. Avec l’inauguration, il y a un peu plus d’un an, du pont Philippe-Grégoire-Yacé – du nom d’un célèbre homme politique, compagnon de l’ex-président Félix Houphouët-Boigny –, la ville est en plein développement.

L’histoire de cette cité balnéaire est un peu particulière. Ville presqu’île coincée entre les eaux de la lagune au nord et celles de l’Atlantique au sud, elle a connu plusieurs influences, d’abord ­néerlandaise, puis portugaise, britannique et, enfin, française. Ancien comptoir sous la colonisation française, elle doit son nom à un commerçant anglais, Big Jack, qui s’y était installé pour faire du troc avec les populations autochtones (notamment de vêtements et de liqueurs, contre de l’huile de palme). L’emplacement initial de Grand Jack, son nom à sa création, existe encore, à 5 km de la ville actuelle. Avec les plateformes des compagnies pétrolières et gazières, toutes situées au large de ses côtes, la ville est aussi connue pour être le cœur de la production d’hydrocarbures du pays.

Après les attentats de mars et la psychose qu’ils ont provoquée, Grand-Bassam, première capitale de la Côte d’Ivoire coloniale, réputé pour ses plages et apprécié de l’élite et de ses expatriés, est plongé dans une sorte de létharg

De nombreux commerces

Assinie, le Saint-Tropez ivoirien, situé au-delà de Grand-Bassam, et la « baie des milliardaires », sur l’île Boulay, au large d’Abidjan, sont financièrement encore inaccessibles pour la classe moyenne. Aussi Jacqueville, qui a repris des couleurs, est-elle devenue le lieu de villégiature des Ivoiriens. Sa position stratégique, entre lagune et mer, fait d’elle un paradis terrestre.

Les maquis, aux noms souvent évocateurs – Baie de la romance, By Stingo… –, ont envahi les plages. À Sassako, Avagou, Abrebi, Akrou…, ces bars-restaurants à ciel ouvert ont fleuri dans tous les villages balnéaires alentour. D’une vingtaine avant l’inauguration du pont, ils sont aujourd’hui plus de deux cents, qui s’étalent sur quinze kilomètres.

Se régaler de spécialités culinaires locales et occidentales, se trémousser sur les sets des DJ ivoiriens, assister aux performances d’artistes de zouglou ou draguer sur les plages… Les Abidjanais ne boudent pas leur plaisir.

« Nous pouvons accueillir chaque week-end des milliers de personnes. Aujourd’hui, nous nous organisons pour assurer la sécurité. Nous ne souhaitons pas que nos plages deviennent un lieu de règlement de comptes entre bandes rivales venues d’Abidjan », confie Joachim Beugré, le maire de Jacqueville, qui constate que sa ville a pris une autre dimension en moins d’un an.

 La vie est vraiment belle, ici. Il n’y a pas de pollution, contrairement à la capitale, l’air y est frais

Dans le quartier Habitat, l’hôtel Persévérance, au standing plutôt modeste, affiche complet le week-end. Son night-club, l’un des endroits à la mode, devient dès la tombée de la nuit un espace de détente. Dans le même quartier, son concurrent, L’Immaculée, accueille lui aussi dans son night-club de nombreux jeunes souvent venus d’Abidjan.

« La vie est vraiment belle, ici. Il n’y a pas de pollution, contrairement à la capitale, l’air y est frais. Avant, on disait qu’il faisait bon vivre à Abidjan. Aujourd’hui, on peut en dire autant de Jacqueville », estime Alain Yao, cadre dans une société privée d’Abidjan venu y passer le week-end en famille.

Et la ville se veut festivalière. En août, le Festival des villes côtières a vu le jour, qui a réuni plusieurs milliers de personnes. En avril, le Festival des fruits de mer a tenu sa première édition, avec la participation d’une douzaine de grands chefs cuisiniers. Et l’artisanat local s’y est considérablement développé.

Modernisation

Malgré sa voirie un peu dégradée, Jacqueville a les allures d’une princesse très courtisée. Plusieurs grands projets sont en cours de réalisation. Le déficit d’infrastructures hôtelières est tellement criant que les Abidjanais n’y séjournent que le temps d’une journée. « Tout est à refaire en matière d’hôtellerie, ici », reconnaît le maire. Le Fonds de développement touristique s’apprête à lancer les travaux de construction du complexe hôtelier Le Relais Paillote, d’une capacité de cinquante chambres, uniquement des bungalows, dans le village de Djacé.

Ce projet innovant est conçu avec une dimension écologique. Le Relais Paillote sera bâti sur 4 ha, avec une piscine d’eau de mer, des aires de jeux, des espaces verts et une salle de conférences. La rénovation de l’hôtel M’koa, patrimoine de l’État cédé à la mairie, a, elle, été confiée à une société privée. Son night-club promet de faire pâlir de jalousie les boîtes de nuit en vogue à Abidjan, comme le Lifestar, Le Temps d’aimer ou le Forty-Forty.

« Nous voulons rattraper notre retard en comblant le déficit d’infrastructures d’accueil », assure le maire. Des voyagistes allemands ont entamé des négociations avec la municipalité pour la construction d’un hôtel composé de bungalows et de cases en bordure de la lagune Ébrié pour attirer les touristes germaniques, qui privilégient habituellement la lointaine Thaïlande.

La construction du pont a aussi relancé l’économie de la ville. Fermée depuis le début des années 2000, la Société ivoirienne de coco râpé (Sicor), qui était la plus grande entreprise de la région, reprendra bientôt ses activités. Le gouvernement l’a restructurée, avec la nomination de nouveaux dirigeants. C’est Alain Kouadio, administrateur de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) et président du groupe Kaydan, qui en a pris la direction.


Boom territorial et immobilier

Depuis que le pont Philippe-Grégoire-Yacé a dopé la fréquentation de Jacqueville, les terrains se vendent à prix d’or à l’intérieur et autour de la cité balnéaire. Cadres du privé et fonctionnaires, tout en restant à proximité de la capitale économique, préfèrent désormais habiter à Jacqueville pour profiter du calme et de la plage. Face à cette forte demande, à laquelle vient s’ajouter celle des promoteurs de projets touristiques ou de loisirs, et pour maîtriser les coûts, le périmètre de la ville va être étendu à 200 ha.

Avec l’accord du gouvernement, la municipalité va engager une opération de viabilisation et de mise en valeur des terrains de la Sicor et de la Sodepalm pour en utiliser une partie. Les autorités locales ont par ailleurs entamé des négociations avec le groupe de grande distribution Prosuma pour l’ouverture d’un supermarché. Un projet de parc d’attractions devrait voir le jour au cours des prochains mois sur le site prévu pour l’extension de la ville.

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