Diplomatie

États-Unis : qui est Rex Tillerson, le futur secrétaire d’État ?

Le Texan avec le dirigeant russe, à Sotchi, en août 2011. © ALEXEY DRUZHININ/RIA NOVOSTI /AFP

Le patron d’un géant pétrolier, de surcroît proche de Vladimir Poutine, à la tête du secrétariat d’État ? Il fallait oser. Trump l’a fait. Au grand dam de certains républicains…

En nommant Rex Tillerson au secrétariat d’État, Donald Trump a encore surpris son monde. Peu lui chaut que cet homme de 64 ans n’ait aucune expérience en tant que diplomate. C’est « un joueur de classe mondiale », a twitté le futur président à propos de ce Texan pur sucre, à la carrure de footballeur américain et au caractère trempé, qui dirige le géant pétrolier ExxonMobil.

Il aura fort à faire pour combattre les soupçons de collusion qui ne manqueront pas d’accompagner son action. De fait, ExxonMobil, sorte d’État dans l’État dont la capitalisation dépasse 390 milliards de dollars, possède de très gros intérêts dans une cinquantaine de pays. Parmi lesquels la Russie, le Mexique, le Qatar, l’Angola et le Nigeria.

Un négociateur sans son pareil

Natif de Wichita Falls, une ville du nord du Texas connue pour sa base militaire et ses tornades, ce père de quatre enfants, d’origine modeste, chrétien pratiquant, a fait toute sa carrière chez Exxon, où il est entré en 1975, après des études en génie civil à l’université d’Austin. Il en devient PDG en 2006, émargeant à 27 millions de dollars par an (il détient un portefeuille d’actions de l’entreprise de 218 millions de dollars).

Cet ancien boy-scout, qui s’exprime avec un fort accent texan, est un négociateur chevronné, qui ne s’embarrasse ni de scrupules ni de manières. Dans les années 1990, alors qu’il négocie un accord avec le gouvernement du Yémen et que ce dernier insiste pour disposer d’un droit de veto sur les décisions importantes, il jette rageusement par terre un livre relié et quitte la pièce avec fracas…

En Irak, en 2011, il négocie directement des contrats de production avec le gouvernement autonome du Kurdistan, fragilisant le pouvoir central de Bagdad, que Washington s’ingénie pourtant à renforcer.

Exploitation des hommes et non respect de l’environnement

En Afrique centrale, sous son égide, ExxonMobil conclut des accords lucratifs avec la Guinée équatoriale, s’attirant de vives critiques des organisations de défense des droits de l’homme, qui, à l’instar de Tutu Alicante, directeur d’EG Justice, jugent sa nomination « désastreuse ».

La compagnie possède également des intérêts au Nigeria. À en croire Michael Page, expert au département d’État, en reprenant les activités de Mobil dans ce pays au cours des années 1990, Exxon a imposé des codes de bonne conduite et des normes plus strictes en matière de protection de l’environnement. Tel n’était sans doute pas l’avis des militants nigérians qui, en 2010, prirent d’assaut l’une de ses plateformes offshore pour dénoncer la corruption de leurs élites et les fuites d’hydrocarbures dans le delta du Niger.

En 2007, Tillerson eut maille à partir avec Hugo Chávez, alors président du Venezuela, lorsque celui-ci décida de renégocier les contrats avec les majors. ExxonMobil assigna le pays devant le tribunal arbitral de la Banque mondiale et obtint gain de cause en 2014, ne se voyant toutefois accorder que le dixième des sommes qu’il réclamait.

Une proximité inquiétante avec Poutine

Aujourd’hui, ce sont surtout les liens étroits que Tillerson a tissés avec Moscou qui inquiètent, alors que la CIA accuse le Kremlin d’être à l’origine des cyberattaques qui ont perturbé la présidentielle américaine, favorisant l’élection de Donald Trump. En 2012, le patron d’ExxonMobil avait reçu l’ordre de l’Amitié (la plus haute distinction pour un civil) des mains de Vladimir Poutine.

Et, bien que son entourage s’empresse de préciser aujourd’hui que les deux hommes « ne sont pas amis », le Texan avait aussi pris position contre les sanctions infligées à la Russie après l’annexion de la Crimée, en 2014. De même, il a œuvré au rapprochement avec Rosneft, le principal producteur russe de pétrole, scellé par des projets dans l’Arctique. Une levée des sanctions – possible compte tenu de la « russophilie » affichée de Trump – permettrait à ExxonMobil de lancer ces projets, où des milliards de dollars sont en jeu.

Ces relations avec Moscou pourraient menacer la nomination de Tillerson, qui doit encore être entérinée par le Sénat. Deux de ses membres éminents, John McCain, le président de la Commission des forces armées, et Marco Rubio, élu de Floride, ont déjà exprimé publiquement des réserves.

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