Construction : après la fusion, LafargeHolcim passe à l’offensive en Afrique

La cimenterie Cilas, à Biskra (Algérie), détenue à 49 % par LafargeHolcim, a démarré sa production en juillet. © DR

Conscient de la diversité des marchés du continent, le numéro un mondial du ciment mise sur l’élargissement de sa gamme et une approche pays par pays. Sans oublier les grands projets d’infrastructures.

La fusion entre le français Lafarge et le suisse Holcim, finalisée en juillet 2015, a causé une petite révolution dans l’organisation des filiales africaines de la nouvelle entité. Désormais leader mondial du ciment avec un chiffre d’affaires de 26,9 milliards d’euros en 2015, le groupe a confié la région Afrique - Moyen-Orient à un seul patron, Saad Sebbar. Jusqu’ici, les filiales étaient gérées séparément par plusieurs dirigeants (pour Lafarge, trois membres du comité exécutif étaient actifs en Afrique).

Pour piloter le continent, où le groupe franco-suisse a enregistré en 2015 un chiffre d’affaires de 4,25 milliards d’euros, ce qui représente environ 15 % de ses ventes mondiales, le nouveau dirigeant est épaulé à Paris par deux directeurs de zone : l’un pour l’Afrique francophone subsaharienne et l’autre pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Et par des directeurs locaux, sur le terrain, pour les principales filiales que sont l’Algérie, le Maroc et le Nigeria.

Un marché en pleine croissance

« En Afrique, la plupart des exploitations et des filiales sont issues de Lafarge. C’est la situation inverse de celle de l’Amérique latine, où Holcim était plus présent », explique Saad Sebbar, qui a reçu Jeune Afrique dans ses bureaux du 16e arrondissement de Paris. Au total, le géant des matériaux de construction, présent dans 18 pays du continent, y compte une cinquantaine de sites industriels – cimenteries, broyeurs et carrières – pour une capacité de production de 55 millions de tonnes de ciment. Le groupe espère continuer à profiter de ce marché qui progresse encore, même si Saad Sebbar reconnaît que cette croissance « oscille fortement d’une année à l’autre, variant de 2 % à 6 % ».

S’il est conscient de l’intensification de la concurrence en Afrique, avec la montée en puissance de poids lourds comme le nigérian Dangote Cement, le marocain Ciments de l’Afrique, et le sud-africain Pretoria Portland Cement (PPC), le dirigeant marocain se dit persuadé qu’il y a de la place pour tous. « Certains pays peuvent connaître une capacité de production excédentaire par rapport à la demande, comme c’est le cas pour le Sénégal actuellement. Mais celle-ci n’est que temporaire, et sera largement dépassée par la croissance inéluctable du marché », estime-t-il, résolument optimiste à long terme du fait de l’urbanisation et des besoins massifs en infrastructure du continent.

Une offre adaptée aux besoins spécifiques des clients

Saad Sebbar est par ailleurs persuadé que les bonnes performances de LafargeHolcim passeront avant tout par la différenciation de son offre, et non par la production de masse d’un ciment d’entrée de gamme. « Nous avons un centre mondial de recherche et développement, basé à Lyon, en France, qui travaille sur la préparation de produits destinés aux clients africains », indique le dirigeant. L’objectif est d’élargir la gamme et de s’adresser aussi bien aux professionnels de la maçonnerie qu’aux particuliers qui bâtissent eux-mêmes leur maison, nombreux en Afrique. « Nous avons mis sur le marché des ciments destinés aux bâtiments jouxtant la mer, d’autres spécifiques aux zones humides et sulfatées, de nouvelles mousses isolantes particulièrement adaptées à l’Afrique du Nord, ainsi que nos briques terre-ciment DuraBric, une alternative économique et écologique aux briques traditionnelles commercialisée en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est », détaille Saad Sebbar.

Le Marocain mise aussi sur l’expansion des canaux de distribution en propre du groupe, à l’image de ce qui existe au Maroc avec les réseaux Mawadis et Batipro, où viennent s’approvisionner professionnels et particuliers. « Nous comptons aussi beaucoup sur les grands projets d’infrastructures, segment sur lequel nous sommes déjà largement leader. Avec notre équipe chargée des grands comptes, nous sommes parfois les seuls à pouvoir répondre aux demandes très techniques des consortiums de construction, y compris à celles de géants du BTP chinois, avec lesquels nous travaillons déjà », explique Saad Sebbar citant notamment les grands chantiers ferroviaires entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie.

Le cimentier élabore une stratégie adaptée à chaque pays, les marchés en étant à des phases très différentes. « L’Algérie et le Maroc n’ont pas encore atteint leur pic de consommation de ciment, mais ils en sont déjà à des niveaux élevés, respectivement de 630 kg et 420 kg par habitant et par an. Les pays subsahariens, hors Afrique du sud, sont en deçà de 120 kg de ciment par an et par habitant en moyenne, avec de grandes disparités », explique Saad Sebbar.

Cap sur les pays francophones

En Afrique francophone, c’est grâce à l’alliance avec la Société nationale d’investissement (SNI) marocaine que le groupe franco-suisse veut étendre sa présence. Actionnaire à 50 % de Lafarge Maroc, la SNI a lancé avec le groupe franco-suisse le véhicule d’investissement LH Maroc Afrique, spécialisé dans le ciment, qui a déjà pris des participations au Bénin, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. « Nous avons quarante ans de partenariat réussi avec la SNI, qui agit avec nous dans le cadre de sa stratégie d’investissement panafricaine. Nous voulons mettre à disposition cette expertise marocaine pour nous développer dans la zone francophone, notamment grâce à la proximité linguistique et culturelle entre le royaume chérifien et cette région », explique Saad Sebbar – qui a dirigé Lafarge Maroc de 2012 à 2015.

« Nous voulons investir de manière graduelle, poursuit-il. Il ne s’agit pas de construire du jour au lendemain des usines intégrées allant de la carrière de calcaire jusqu’à la production de sacs de ciment, car de telles installations coûtent entre 300 et 500 millions d’euros. Nous investissons essentiellement dans des terminaux et des stations de broyage. »

Facteurs locaux

Pour prendre une décision d’implantation, le patron Afrique - Moyen-Orient dit se fonder sur la qualité de l’approvisionnement en électricité, l’état des infrastructures de transport, mais aussi sur un tissu d’entreprises locales sur lesquelles s’appuyer tant pour le transport du ciment et des matériaux de construction que pour la distribution. Le groupe recrute en effet des entrepreneurs locaux pour écouler la marchandise au plus près des consommateurs.

« Nous adoptons aussi une approche régionale, notamment pour l’approvisionnement en clinker [le produit sorti du four dont on fait le ciment] à partir des mines africaines. Nous cherchons à desservir plusieurs pays avec une cimenterie, ainsi que nous le faisons notamment pour la RD Congo depuis nos implantations ougandaise et zambienne », précise Saad Sebbar, qui indique que le marché congolais fait partie de ceux étudiés avec la SNI pour une implantation industrielle.


La dernière-née des cimenteries algériennes

Entré en production en juillet, le complexe cimentier flambant neuf de Cilas (pour Ciment-Lafarge-Souakri), à Biskra, à 120 km au sud de Batna, est le fruit d’un partenariat entre LafargeHolcim et l’algérien Souakri frères (49 % des parts pour le premier, 51 % pour le second), pour un investissement de 35 milliards de dinars (285 millions d’euros). Approvisionné en calcaire et en silice par des carrières locales, il aura à terme une capacité annuelle de production de 2,7 millions de tonnes, ce qui doit permettre à l’Algérie de diminuer de 50 % ses importations de ciment.

LafargeHolcim, leader du marché national, compte déjà trois sites de production dans le pays : M’Sila (Centre, 5,3 millions de tonnes par an), Mascara (Ouest, 3,3 millions de tonnes), et Meftah (près d’Alger, 1,5 million de tonnes).

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