Dossier

"Cet article est issu du dossier" «Pétrole et terrorisme : double choc pour le Tchad»

Consulter le sommaire

Le Tchad, en première ligne

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Rond point de l'Armée à N'Djamena. © Ismouz/ Flockr creative commons

En première ligne, le Tchad l’est à double titre.

Sur le front sécuritaire bien sûr. Même si aucun attentat n’est venu endeuiller N’Djamena depuis juillet 2015, plusieurs ont été déjoués, comme autant de rappels de la résilience des kamikazes de Boko Haram. La capitale tchadienne est aussi l’épicentre de l’opération française Barkhane de lutte contre les jihadistes au Sahel, et les forces armées nationales – 70 000 hommes –, considérées comme les plus opérationnelles de la région, forment le fer de lance d’une guerre contre le terrorisme qui concerne l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale mais aussi, au-delà, le théâtre européen. Aucun pays africain, à l’exception de l’Érythrée, ne consacre un tel pourcentage de son PIB à la défense (entre 6 % et 7 %), effort d’autant plus lourd qu’il n’est que très marginalement assumé par les alliés occidentaux et arabes du Tchad.

Tant que le baril de pétrole – dont les revenus représentent 70 % du PIB – flirtait avec les 100 dollars, voire les dépassait, le président Idriss Déby Itno pouvait faire face à la fois au coût de son engagement militaire, à celui des grands chantiers structurants et aux revendications sociales. Quitte à puiser au passage dans un Fonds des générations futures lancé il y a quinze ans mais dont les mécanismes n’ont jamais pu être respectés.

L’effondrement des cours de l’or noir (à 55 dollars le baril mi-décembre 2016) a fait chuter de 45 % les recettes de l’État. Là aussi, le Tchad est en première ligne. De tous les pays pétroliers de l’Afrique centrale, ce petit producteur est sans nul doute le plus affecté. Beaucoup de projets en phase d’exécution ont été gelés, les grèves se multiplient, et les syndicats sont vent debout contre les seize mesures d’austérité drastiques édictées par le gouvernement. La grogne est perceptible, et le climat est lourd, même si la stabilité du régime n’est pas vraiment menacée.

Pourtant, de cette crise peut venir le salut si le Tchad parvient dans la douleur à s’extraire du « tout pétrole » et à diversifier son économie. Après le Plan national de développement, dont les résultats sont mitigés, la Vision 2030 privilégie le volontarisme pour s’engager dans cette direction. Reste que les effets en matière d’emplois et de revenus d’une politique au sein de laquelle le développement de l’agriculture, de l’élevage, du coton et de la gomme arabique compensera la baisse de rentabilité des bassins pétrolifères de Doba et de Bongor ne se feront sentir qu’à moyen terme.

D’ici là, s’il veut apaiser le climat social, le gouvernement tchadien devra impérativement montrer l’exemple. Améliorer un recouvrement fiscal notoirement défaillant (après tout, lever l’impôt est la première source de diversification), lutter contre les détournements et la corruption à tous les niveaux – douane, trésor, fonction publique, armée – et offrir à la population le spectacle d’un État modeste, la baisse de 50 % des indemnités allouées aux députés n’étant qu’un premier pas.

À maintes reprises dans le passé, Idriss Déby Itno a démontré qu’il savait avoir la main lourde. Les Tchadiens attendent donc de lui les mesures qui s’imposent pour qu’austérité rime avec bonne gouvernance.

Quant à ceux pour qui le Tchad est un maillon essentiel de la lutte contre la menace fantôme du terrorisme – Européens, Américains, Arabes, bailleurs de fonds internationaux –, sans doute seraient-ils bien inspirés de l’accompagner dans cette période à hauts risques, avec beaucoup plus de conviction et d’efficacité qu’ils ne le font aujourd’hui.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici