Angola : João Lourenço doit s’armer de patience avant de pouvoir succéder à José Eduardo dos Santos

Le président angolais José Eduardo dos Santos, le 9 décembre 2007 à Lisbonne. © Paulo Duarte/AP/SIPA

Le ministre de la Défense devrait être le futur président angolais. À condition d’éviter toute erreur pendant huit mois, jusqu’aux législatives. Son seul objectif : garder la confiance des dos Santos.

Nous sommes en août, lors du septième congrès du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) à Luanda. La rumeur enfle. João Lourenço, le ministre de la Défense, va sans doute être élu vice-président du parti et donc devenir numéro deux de l’État angolais. Les journalistes se précipitent vers lui. « Moi, vice-président ? Mais vous me l’apprenez ! » assure-t-il en souriant.

Pourquoi tant de prudence ? Un jour de 2002, le président José Eduardo dos Santos, dit « Zedu », annonce qu’il songe à quitter le pouvoir. João Lourenço, alors secrétaire général du MPLA, confirme à demi-mot. C’est la gaffe. Au congrès suivant, en décembre 2003, il perd son poste et ne sauve qu’in extremis sa place au bureau politique. Depuis, l’homme sait tenir sa langue…

Parcours 

Né il y a soixante-deux ans à Lobito, le grand port du centre-sud de l’Angola, João Lourenço est le fils d’un infirmier anticolonialiste que les Portugais ont jeté en prison pendant trois ans. En avril 1974, quand éclate la Révolution des œillets à Lisbonne, le jeune Lourenço est étudiant à l’Institut industriel de Luanda. « Il n’a pas combattu contre les Portugais, mais il nous a rejoints dès que nous sommes sortis du maquis, courant 1974 », se souvient un vétéran de la lutte pour l’indépendance.

Commissaire politique dans plusieurs unités militaires du MPLA, il part ensuite en Union soviétique, où il reçoit, de 1978 à 1982, une formation militaire à l’Académie supérieure Lénine. De retour au pays, il gravit tous les échelons du parti. En 2003, c’est le trou d’air que l’on sait. Mais, en avril 2014, il est nommé ministre de la Défense.

Selon sa biographie officielle, João Lourenço aime l’équitation et les échecs. « C’est un homme moins renfermé que dos Santos, témoigne notre vétéran. Il aime les traits d’esprit et les jeux de mots. Et il est fan de Franco [Franco Luambo, grand musicien congolais]. » À la différence de Manuel Vicente, l’ancien patron du pétrole angolais, qui avait été présenté un moment comme dauphin, João Lourenço n’est pas soupçonné de corruption. Réputé calme et réfléchi, il est marié à une économiste de la Banque mondiale, Ana Dias Lourenço, avec qui il a eu six fils. Outre le portugais, il parle l’anglais, l’espagnol et le russe. Et il voyage assez souvent en Chine.

Présidentiable

João Lourenço sera-t-il le prochain président de l’Angola ? Si le MPLA remporte les législatives d’août 2017, c’est possible. En effet, selon la Constitution angolaise, le poste de chef d’État revient au leader du parti qui gagne ce scrutin. Mais avec un homme aussi machiavélique que José Eduardo dos Santos, rien n’est joué d’avance. Pour l’instant, après trente-sept ans de règne sans partage, le président angolais, que l’on dit souffrant, semble résolu à céder sa place à João Lourenço. La preuve : l’élection de ce dernier au poste de vice-président du MPLA.

Les deux atouts de João Lourenço ? D’abord, la vieille garde du parti ne veut pas de solution dynastique en faveur d’Isabel ou de José Filomeno, les deux premiers enfants de l’actuel chef de l’État. Ensuite, Lourenço est un homme consensuel qui profite de l’effacement depuis juin 2015 du tout-puissant général Manuel Hélder Vieira Dias, dit « Kopelipa », l’ex-chef de la Maison militaire qui aurait des problèmes de santé.

Mais après son départ du pouvoir, Zedu, 74 ans, veut s’assurer que les intérêts financiers de sa famille seront préservés. D’où la nomination en juin de sa fille Isabel à la tête du pétrole angolais. João Lourenço saura-il conserver la confiance du clan dos Santos jusqu’au départ du chef ? D’ici à août 2017, le dauphin pressenti doit faire un sans-faute.