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Namibie : l’autre génocide perpétré par l’Allemagne

Hereros ayant fui les troupes allemandes dans le désert d'Omaheke (1907). © Ulstein Bild / Roger-Viollet

En juillet 2015, l’Allemagne utilisait pour la première fois le terme pour qualifier le massacre des peuples hereros et namas perpétré dans sa colonie du Sud-Ouest africain. Le Mémorial de la Shoah, à Paris, revient sur le sujet avec une exposition synthétique.

Après s’être penché sur le sort des Arméniens, puis sur celui des Tutsis du Rwanda, il était logique que le Mémorial de la Shoah, à Paris, consacre une exposition aux Hereros et aux Namas, victimes du premier génocide du XXe siècle. « C’est une histoire assez peu connue en France, sans doute parce que la Namibie n’a été indépendante qu’en 1990, explique la commissaire générale de l’exposition, Sophie Nagiscarde. L’accès aux documents n’a été permis que tardivement pour les historiens qui souhaitaient se pencher sur la question. »

Quoi qu’il en soit, depuis quelques années, ce génocide « oublié » suscite une importante production historique, portée par l’activisme mémoriel des descendants hereros et namas. La réalisatrice française Anne Poiret y a consacré un film en 2012 (Namibie : le génocide du IIe Reich) et la romancière Élise Fontenaille-N’Diaye, deux livres : Blue Book (Calmann-Lévy) et Eben ou les yeux de la nuit (Rouergue).

Extermination et collection de restes

Constituée principalement – ce que l’on peut regretter – de reproductions de documents, l’exposition ouverte jusqu’au 12 mars 2017 offre une présentation synthétique et pédagogique de l’entreprise coloniale allemande dans le Sud-Ouest africain, laquelle aboutit à l’extermination de 80 % du peuple herero et de 50 % du peuple nama. C’est avec précision que le basculement d’une logique d’exploitation à une logique de génocide est démontré, analysé, décortiqué.

Si certains révisionnistes aimeraient faire porter le chapeau à un seul homme, en l’occurrence le général allemand Lothar von Trotha (1848-1920), l’exposition démontre bien que celui-ci est le produit d’un système et qu’il n’est pas nommé au poste de gouverneur, en juin 1904, par hasard.

Connu pour la brutalité sans limite dont il a déjà pu faire preuve en Afrique de l’Est et en Chine, Von Trotha sera véritablement le bras exterminateur du IIe Reich. Il faut dire que les Hereros ont eu l’impudence de se révolter contre les violences et l’accaparement territorial dont ils étaient victimes… L’objectif de Von Trotha apparaît clairement dans le Vernichtungsbefehl (« ordre d’extermination ») qu’il rédige et signe.

Femmes et enfants ne suscitent en rien sa pitié. Comment cela se pourrait-il, de toute manière, puisqu’il est habité par l’idée qu’il n’a pas affaire à des êtres humains ? Une idée que de soi-disant savants comme Eugen Fischer cherchent alors à démontrer en étudiant, notamment, les crânes des Hereros et des Namas morts dans les camps de concentration construits après la campagne de Von Trotha.

Certains prisonniers devaient faire bouillir les têtes de leurs compagnons pour en ôter ensuite les chairs avec des tessons de bouteille. Ces restes humains étaient expédiés en Allemagne. Il existe même une carte postale de 1905 montrant des soldats empaquetant des crânes, avec cette légende : « Transport de crânes hereros à destination des universités et musées allemands. »

Triste hommage

L’on remarque d’ailleurs à quel point ce génocide est bien documenté, par les Allemands eux-mêmes. Les (rares) documents originaux présentés ici par les commissaires sont particulièrement sidérants. Comme ces deux livres rendant compte des – ô combien héroïques ! – « campagnes militaires » contre les deux peuples (Die Kämpfe der Deutschen Truppen in SüdwestAfrika). Comme cette vignette publicitaire pour les cafés Pfeil célébrant la bataille de Waterberg – qui s’acheva, pour les quelques rescapés des massacres, dans le désert, où les points d’eau étaient surveillés ou empoisonnés.

Au-delà de l’horreur, l’exposition rend hommage aux héros namas et hereros que furent leurs chefs, Hendrik Witbooi et Samuel Maharero, personnages subtils et fins lettrés. Sans ignorer leurs désaccords et leurs guerres, elle raconte leur tragique combat et offre une belle idée de leur plume et de leur charisme. Les lettres de guerre de Hendrik Witbooi, « capitaine du grand Namaqualand » ont ailleurs été éditées dès 2011 par Le Passager clandestin sous le titre Votre paix sera la mort de ma nation.

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