Mauritanie : quelques bons augures pour l’économie

Par - à Nouakchott

Vue de rues entre l'aéroport et le palais présidentiel mauritanien , Déplacement de Jean-Yves Le Drian , ministre de la défense français à Nouakchott, mauritanie le 12 mai 2014. © Bruno Levy pour Jeune Afrique

Les signaux annonçant une remontée du cours du fer se multiplient. C’est une bonne nouvelle pour le gouvernement, à condition qu’il réussisse à réduire la dette et les déficits publics.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche pourrait bien valoir à l’économie mauritanienne une sortie de la crise provoquée par l’effondrement du cours du fer en 2014. Le programme du futur président comporte en effet des investissements colossaux dans les routes, ponts et autres ports, qui nécessiteront beaucoup d’acier, et donc de fer. La remontée du cours de la tonne de minerai de fer – de 47 dollars (45 euros) il y a un an à 60 dollars en octobre – s’est accélérée, pour atteindre 75 dollars après l’élection américaine.

Il était temps. Bien que le président Mohamed Ould Abdelaziz l’estime jugulée, la crise continue à se diffuser dans l’économie et dans les foyers mauritaniens, dont près de la moitié se trouvent dans une situation de très grande pauvreté, notamment dans les territoires situés aux frontières.

Fonds de tiroir

Afin de ne pas provoquer la colère populaire, le gouvernement a géré avec prudence la décélération de la croissance – tombée à 1,2 % en 2015, selon le Fonds monétaire international (FMI, voir infographie ci-dessous) – et la dégradation des comptes des entreprises publiques. Refusant de dévaluer l’ouguiya pour ne pas aggraver l’inflation, comme le lui demandait le FMI, il l’a laissé se déprécier de quelque 5 % par rapport au dollar depuis le début de l’année. Il a « gratté » les fonds de tiroir du secteur minier étatique et fait la chasse aux doubles salaires dans la fonction publique, avant de lancer ses inspecteurs des impôts à l’assaut des entreprises de téléphonie et du secteur bancaire, qui ont fait l’objet de redressements fiscaux.

Le ministre de l’économie et des Finances, Moctar Ould Diay, vient de présenter un projet de budget 2017 en hausse de 2,3 % par rapport à celui de 2016. Il vise 5 % de croissance en 2016, une inflation contenue à 2 %, un déficit budgétaire de 0,4 % et des réserves en devises couvrant six mois d’importations. Il s’agit de la première loi de finances fondée sur le programme Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (2017-2030).

Quoiqu’un peu optimiste, ce projet est plausible. Pour le réaliser, le gouvernement devra régler plusieurs problèmes. Le premier est celui des impayés publics, qui perturbent la vie économique. Le deuxième concerne les sociétés d’État en déficit (notamment SNDE, TVM, Somagaz, Radio Mauritanie), qui devront réduire des effectifs gonflés par des embauches que l’on peut qualifier « de convenance ».

L’opposition et le FMI s’inquiètent du niveau très élevé de la dette publique mauritanienne. Elle atteint 93 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau inhabituel en Afrique. « Il faut relativiser la question de la dette, affirme Marcellin Ndong Ntah, économiste en chef résident de la Banque africaine de développement, car environ 20 % du stock de la dette constituent une dette passive bilatérale, notamment à l’égard du Koweït, qui demeure en cours de négociation, et le ratio du service de la dette par rapport aux revenus n’est que de 10,3 %. Par ailleurs, le PIB est sous-évalué compte tenu de la prépondérance du secteur informel, qui compte environ 80 % de la population occupée dans le secteur privé. »

Deux hirondelles ne font pas le printemps, mais peuvent le faire espérer. La Chine, qui achète la plus grande partie de la production de fer de la Mauritanie, sort lentement de la déflation qui pesait sur sa croissance. Les prix mondiaux des matières premières vont s’en trouver dopés, et les achats de fer aussi.

D’autre part, le groupe algérien Condor (électroménager, informatique, téléphonie) a ouvert le 18 novembre à Nouakchott son premier showroom hors d’Algérie pour tester le petit marché africain. Dix emplois ont été créés. Un début ? Alain Faujas