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Dossier

"Cet article est issu du dossier" «Sénégal : objectif 2017»

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Le Sénégal met le cap sur les hydrocarbures

Exploration de Kosmos au large du Sénégal et de la Mauritanie. © Kosmos

Au-delà de l’effervescence suscitée par la découverte d’importants gisements offshore de pétrole et de gaz, le grand défi est d’impliquer le tissu économique local.

Le Sénégal va bientôt intégrer le club des pays producteurs d’hydrocarbures. Selon la junior écossaise Cairn Energy, les deux gisements qu’elle a découverts en 2014 sur le bloc de Sangomar, à 100 km au large de Dakar, devraient produire leurs premiers barils de pétrole commercialisables à partir de 2021, ou au plus tard en 2023. En août, les réserves du bloc ont été réestimées à la hausse, à plus de 2,5 milliards de barils (b), et le rythme de production attendu est de 100 000 à 120 000 b/jour.

À travers sa filiale Capricorn Senegal Limited, Cairn Energy opère trois blocs d’exploration au large du Sénégal (Sangomar Offshore profond, Sangomar Offshore et Rufisque Offshore), dont elle détient 40 % aux côtés des australiens Woodside Petroleum (qui vient de racheter la participation de 35 % de l’américain ConocoPhillips) et FAR Ltd (15 %), et aussi de la Société des pétroles du Sénégal, Petrosen (10 %).

Du gaz exportable dans quatre ans

En janvier dernier, au large de Saint-Louis, sur le champ Grand-Tortue-Ahmeyim (sur la frontière sénégalo-mauritanienne), et en mai, à Cayar, à 65 km au large de Dakar, ce sont 540 milliards de m3 de gaz qui ont été découverts par Kosmos Energy. La junior américaine en détient 60 % des droits, aux côtés de Timis Corporation (30 %) et de Petrosen (10 %). « Le gaz sénégalais devrait pouvoir être exportable dans quatre ans », affirme Andrew Inglis, PDG de Kosmos Energy.

Un bol d’air pour le pays, qui doit jusqu’à présent s’acquitter d’une facture annuelle oscillant entre 450 milliards et 530 milliards de F CFA (entre 686 millions et 808 millions d’euros) afin de couvrir ses besoins en pétrole et en gaz. Et un sujet qui déchaîne les passions, avec la polémique autour des transactions – jugées « douteuses » par une frange de l’opposition et de la société civile – entre l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis, patron de Timis Corporation, et son associé Aliou Sall, frère cadet du chef de l’État, à propos des blocs de Grand-Tortue.

Cette polémique a eu le mérite d’engager le débat sur la gestion de la future manne pétrolière et gazière, la nécessité de mettre en place un cadre réglementaire précis ainsi que des instances de gouvernance indépendantes. Le 3 août, le chef de l’État a créé le Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS-Petrogaz), dirigé par un ancien patron de Petrosen. Cet organisme aura pour mission d’assister l’exécutif dans la définition, la supervision, l’évaluation et le contrôle de la mise en œuvre de la politique de l’État dans le développement de projets pétroliers et gaziers.

Bâtir une industrie pétrolière

À la mi-novembre, à Washington, lors de son passage devant le conseil d’administration du FMI, Macky Sall a par ailleurs annoncé l’entrée en vigueur, dans un an, d’une loi encadrant l’exploitation et l’utilisation des ressources pétrolières dans l’intérêt des populations et des générations futures. Le chef du gouvernement, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a, pour sa part, pris la décision de rendre dorénavant publics tous les contrats miniers scellés entre l’État et les opérateurs.

Des mesures qui s’ajoutent aux dispositifs de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), à laquelle le Sénégal adhère désormais. Sans oublier l’inscription dans la loi fondamentale, lors de la réforme constitutionnelle de mars dernier, du droit des populations sur les ressources naturelles. Reste à s’assurer que ce cadre soit suivi et appliqué.

La construction d’une industrie pétro-gazière est tout aussi cruciale, pour que le secteur ait une réelle valeur ajoutée locale en matière de transformation. Cela passe aussi par le développement de PME-PMI locales sous-traitantes, ainsi que par la formation aux métiers du pétrole et du gaz d’un nombre suffisant de cadres et de techniciens qualifiés locaux. Les ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle travaillent d’ailleurs à la création d’un institut de formation spécialisé dans ces métiers.

Raffinerie

En ce qui concerne la transformation, le Sénégal a déjà une longueur d’avance puisqu’il dispose d’une raffinerie, infrastructure essentielle de l’aval pétrolier. En activité depuis 1963, la Société africaine de raffinage (SAR) est la plus ancienne d’Afrique de l’Ouest. Après avoir frôlé le dépôt de bilan en 2010-2011, la SAR a aujourd’hui trouvé un second souffle grâce à un plan de restructuration. Elle est dotée d’une capacité de traitement de 1,2 million de tonnes de brut par an, qu’elle compte porter à environ 4 millions dans les prochaines années afin de pouvoir raffiner la future production locale de brut.


Code séduction pour les mines

Grand producteur de phosphate et, depuis peu, d’or et de zircon, le Sénégal a adopté fin octobre un nouveau Code minier, qui remplace celui qui était en vigueur depuis 2003. L’objectif est de rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs nationaux et internationaux. Pour plus de transparence, le gouvernement est désormais tenu de publier sur son site internet toute convention minière qu’il aura passée.

La durée des permis de recherche a été portéeà quatre ans, au lieude trois, renouvelable deux fois. Afin d’écarter les risques de conflit d’intérêts, l’article 32 du nouveau code interdit dorénavant aux agents de l’État toute prise de participation, directeou indirecte, dans une entreprise minière.La notion d’exploitation semi-mécanisée, à mi-chemin entre les exploitations artisanale et industrielle, y est aussi introduite, en réponse au casse-tête de l’orpaillage clandestin. En matière environnementale, les opérateurs sont désormais tenus de procéder à la réhabilitation des sites miniers.