Dossier

MSC

"Cet article est issu du dossier" «Transport maritime : le pari africain»

Consulter le sommaire

Reportage : le Chantier naval de Lomé contre vents et marées

Otam restaure des navires depuis fin 1989. © EMMANUEL PITA/APRESENT POUR JA

En trente années, la société Otam, nichée au fond de l’immense zone portuaire de la capitale togolaise, a réparé plus de mille bateaux venus des quatre coins du monde… Mais 2016 aura été plus compliquée.

Tout d’abord emprunter la longue voie poussiéreuse qui mène au port de pêche, puis passer les nombreux contrôles d’identité, se soumettre à une fouille minutieuse du véhicule et porter un casque de sécurité, obligatoire.

Pour trouver l’entrée de la société de réparation navale Omnium Togolais Assistance Maritime (Otam), logée aux confins de la zone portuaire de Lomé, il faut faire montre d’une sacrée patience. Vu de l’extérieur, ce chantier n’offre pourtant rien d’imposant. Sous le hangar où est disposée une partie du matériel, les ouvriers se succèdent, de jour et souvent de nuit, pour respecter les délais de livraison des navires traités.

Au milieu des nombreuses machines, un tout petit escalier en bois mène au bureau très sobre du directeur général, Gilles Calmes. Ce Français, plongeur en Côte d’Ivoire pour Saneco Marine Offshore, une entreprise spécialisée dans les travaux sous-marins, est arrivé au Togo en 1987.

Pionnier

Constatant l’absence totale de chantier naval dans le pays, il réussit en dix-huit mois à rassembler les fonds nécessaires pour créer sa société, en juillet 1988. Et, en décembre 1989, il accueille son premier navire. Mais « dès le départ, la réparation des navires exigeait d’investir beaucoup dans l’acquisition de matériel », reconnaît Gilles Calmes.

Si l’entreprise a connu des débuts difficiles, elle s’est stabilisée après sept années d’activité, notamment grâce à la dévaluation du franc CFA, en 1994. Mais ce n’est qu’en 1997 qu’Otam solde des crédits, réalise d’importants investissements et augmente ses effectifs. Sur ses 150 collaborateurs actuels, une dizaine sont là depuis le début de l’aventure.

En vingt-sept ans, le Chantier naval de Lomé – qui dispose d’un atelier de 1 000 m2 – a caréné plus d’un millier de navires. L’entreprise effectue toutes les réparations (à flot ou à sec) sur deux cales, de 50 et de 500 tonnes, et travaille notamment sur des remorqueurs portuaires, des patrouilleurs de guerre et des pétroliers, ainsi que sur des vedettes de la gendarmerie et de la marine togolaises.

Un équipement à la pointe de la technologie

Devenu une référence dans la sous-région, le Chantier naval de Lomé se targue de disposer de « l’atelier le plus compétitif du golfe de Guinée, après Abidjan ». Otam comprend ainsi un laboratoire de soudure « de dernière génération » comptant 20 postes pour ses techniciens, hautement qualifiés. Le laboratoire de métrologie – maintenu à une température permanente de 24 °C grâce à l’air conditionné – constitue l’une des fiertés de Gilles Calmes, avec le laboratoire de mécanique, lui aussi « sous atmosphère contrôlée » vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Pour se mettre à niveau, l’entreprise a dû investir en moyenne 120 millions de F CFA (183 000 euros) par an dans de nouveaux équipements. Par ailleurs, elle mise fortement sur l’embauche de personnel qualifié ainsi que sur la formation continue de ses employés au Togo et à l’étranger, indique Adjegan, responsable de maintenance qui vient, dans ce but, de passer deux semaines à Manchester (Royaume-Uni).

Des investissements que le chantier souhaite absolument rentabiliser. Problème, les résultats de 2016 ont été plus que moroses en raison des difficultés traversées par le port de Lomé. Otam, qui traite en moyenne 52 navires par an, en a accueilli la moitié cette année.

Le chiffre d’affaires de la société, de 1,6 milliard de F CFA en 2015, devrait baisser de 28 % cette année. Il lui faut donc aller chercher « très loin » les clients. Le groupe, qui a des contacts en Afrique centrale, notamment au Gabon, espère rattraper son retard en 2017. « Nous nous spécialisons désormais dans des remorqueurs un peu plus spécifiques. »

Pour accéder à de nouveaux marchés, justement. Les pétroliers subissent les effets de la chute des cours, et leurs commandes se font rares. Mais la situation pourrait changer si le prix de l’or noir venait à remonter. « On aurait alors à faire face à un rush qu’il faudrait absorber », fait mine de craindre Gilles Calmes. En attendant, l’entreprise devra faire le dos rond et miser sur son expérience pour tirer son épingle du jeu.