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Infrastructures : un tunnel pour étancher la soif de Naïrobi

Par - à Naïrobi

Coût du projet : 60 millions d’euros. © DR

D’ici à 2018, un aqueduc souterrain devrait approvisionner la capitale kényane en eau potable. Première phase d’un chantier qui en compte cinq, il ne permettra toutefois pas de couvrir tous les besoins de la ville.

Nairobi, le dossier du Northern Collector Tunnel (NCT) est depuis longtemps sur la table. Les premières études sur un aqueduc souterrain reliant le comté de Murang’a à la capitale datent de 1998. Le but d’une telle infrastructure 11,4 km de long et 3,2 m de diamètre est de capter les eaux de crue de trois rivières pour accroître l’approvisionnement de la mégapole kényane en eau potable.

Eviter les risques d’inondation

À l’époque, le projet est déjà décrit comme prioritaire. Pourtant, faute de financements son coût est actuellement estimé à 6,8 milliards de shillings (60 millions d’euros), il sera remisé jusqu’en 2012, date à laquelle la Banque mondiale accepte de débloquer les fonds nécessaires. À cause de la longueur des processus de bouclage du financement et de lancement des opérations, ce n’est qu’en février 2015 que les travaux démarrent. Avant d’être interrompus pendant cent jours après un recours déposé par des opposants au projet.

Le NCT est un exemple typique de la lenteur et de la complexité des initiatives d’utilité publique dans les grandes agglomérations africaines, caractérisées à la fois par une croissance démographique rapide et par des plans d’urbanisme lacunaires. L’ouvrage est désormais attendu pour 2018, soit plus de vingt ans après le début des études.

Si le projet fait aujourd’hui polémique, il est censé « ne pas affecter le débit normal de ces rivières », assure Malaquen Milgo, PDG d’Athi Water, l’agence publique chargée des infrastructures hydrauliques dans la capitale et les provinces environnantes. L’aqueduc, construit par le groupe chinois CGGC (China Gezhouba Group Company), est en effet conçu pour récolter les eaux de crue pendant les saisons de pluie (mars-mai puis octobre-décembre) grâce à un système de débordement, à hauteur de 40 % maximum, et les transporter jusqu’au barrage de Thika, la première source d’alimentation de la capitale. En captant ces flux, il permettra même, selon les partisans du projet, de limiter les risques d’inondations.

Première étape

Milgo insiste sur un chiffre : 140 000. C’est le nombre de mètres cubes supplémentaires qui seront disponibles chaque jour dans la capitale, qui subit régulièrement des coupures d’eau. En septembre, les robinets sont ainsi restés secs pendant deux jours dans presque toute la ville.

Entre la conception du NCT et sa réalisation, la population de Nairobi a doublé, passant de 2 à 4 millions d’habitants. « Nous accumulons un retard de dix ans dans l’approvisionnement en eau », déclarait récemment à la télévision l’ingénieur en hydrologie George Khroda, pour qui l’ouvrage ne couvrira pas la totalité du déficit de la ville, estimé à 180 000 m3 par jour. De fait, ce tunnel n’est que la première phase d’un plan qui en compte cinq (autres tunnels, nou- veaux barrages, etc.). Les habitants de Nairobi devront donc encore faire preuve de patience.


Un ouvrage contesté politiquement

Il est surnommé le « tunnel de la discorde ». À la mi-octobre, les médias offraient une large place aux pourfendeurs de l’aqueduc souterrain, parmi lesquels Raila Odinga. Selon le chef de l’opposition, cet ouvrage provoquera la désertification de cinq comtés en périphérie de Nairobi. Dans la foulée, le gouverneur de la région de Mombasa, Hassan Ali Joho, membre de l’opposition, prophétisait un déficit en eau jusqu’à l’océan Indien, à plus de 500 km. Pour Malaquen Milgo, directeur d’Athi Water, l’agence publique chargée des infrastructures hydrauliques dans la capitale et les provinces environnantes, il s’agit là de « désinformation », en grande partie liée au démarrage de la campagne pour l’élection présidentielle, prévue en août.

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