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Canada : Trudeau, l’anti-Trump

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, à la Havane le 16 novembre 2016. © Enrique De La Osa/AP/SIPA

Beau gosse, surdoué de la com, écolo, ouvert à toutes les cultures… Le Premier ministre veut incarner une autre vision de la politique.

Un an après son élection triomphale grâce à un programme vantant les bienfaits du multiculturalisme, l’heure de vérité a sonné pour Justin Trudeau. Pour sacrifier aux usages diplomatiques, le voilà contraint de se dire « impatient » de rencontrer Donald Trump – son exact contraire ! Tandis que le futur président des États-Unis menaçait d’interdire l’entrée du territoire américain aux musulmans, le Premier ministre canadien, lui, n’hésitait pas à revêtir un qamis pour fêter le ramadan.

Certes, Justin Trudeau ne peut se payer le luxe de battre froid les États-Unis. La moitié de l’économie canadienne en est dépendante. Et puis, il se souvient du bon mot de son père, l’ancien Premier ministre Pierre Elliott Trudeau : « Être voisin de ce grand pays, c’est dormir avec un éléphant »… Il devra donc composer avec son imprévisible cornac.

La politique en héritage

Justin naît le jour de Noël 1971, au cours du « règne » de son père. Encore enfant, il croise les grands de ce monde. Le président Richard Nixon porte un toast en l’honneur du garçonnet, prédisant qu’il sera le « futur Premier ministre du Canada ». En attendant, il va chez les jésuites, puis étudie la littérature anglaise à l’université McGill, à Montréal. Animateur de camp de vacances, boxeur, moniteur de rafting et de snowboard, professeur, animateur de radio, videur de boîte de nuit… Il touche à tout sauf à la politique, qui ne le tente pas.

Pourtant, en 2006, il adhère au Parti libéral. Pour faire de la politique « autrement ». Convaincu « qu’il faut passer du temps avec les gens que l’on souhaite représenter », il devient le roi du porte-à-porte et de la communication audiovisuelle. Son ascension est fulgurante. En 2008, il est élu député de Montréal ; en 2013, il dirige le Parti libéral ; fin 2015, il devient Premier ministre. Et s’inspire de son père, qui, brisant tous les tabous, avait légalisé le divorce et l’IVG, aboli la peine de mort, dépénalisé l’homosexualité, établi des relations diplomatiques avec la Chine et Cuba.

Respect de la diversité

Qu’importe si son pays est le quatrième exportateur mondial de gaz naturel : Justin, lui, prône le recours aux énergies renouvelables. Accueille en personne le premier des 35 000 réfugiés syriens qui débarquent au Canada. Et forme le gouvernement le plus diversifié de l’Histoire : non seulement la parité hommes-femmes y est scrupuleusement respectée, mais il compte parmi ses ministres deux représentants des « peuples premiers », quatre sikhs, une Afghane immigrée en 1996 et deux handicapés. « Parce qu’on est en 2015 », argue-t-il alors.

Le gouvernement isolationniste de Stephen Harper, son prédécesseur, avait boudé l’Afrique ? Justin y dépêche ses ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de la Francophonie ; promet des dizaines de millions de dollars d’aide et l’envoi de 600 Casques bleus canadiens au Sahel ; reçoit à Ottawa le Sénégalais Macky Sall et l’Ivoirien Alassane Ouattara.

Nuages

Bien que sa popularité reste forte, Trudeau voit s’amonceler quelques nuages. L’hypermédiatisation du couple glamour qu’il forme avec la belle Sophie Grégoire, une présentatrice de télévision, en agace plus d’un. Tout comme sa proximité avec des musulmans plus ou moins radicaux et sa fréquentation de mosquées où la polygamie est glorifiée : « Angélisme béat d’une élite bien-pensante », fustige l’écrivain algérien Karim Akouche, installé au Canada depuis 2008.

Mais le plus gros nuage à l’horizon est Donald Trump, qui menace de renégocier les traités de libre-échange (Alena et Trans-Pacific), faisant craindre au Canada que le conflit portant sur ses exportations de bois de construction ne s’envenime.

C’est surtout sur le dossier Keystone XL que ses fans attendent Trudeau. Si, cédant à Trump, il acceptait la réalisation de ce pipeline censé acheminer le pétrole de schiste de la région de l’Alberta vers les raffineries américaines du golfe du Mexique, ses partisans y verraient un reniement. Et les défenseurs de l’environnement, une trahison.

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