Les fous sont au pouvoir

par

Fouad Laroui est écrivain.

Le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, le 6 octobre 2015 © Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Il y a une nouvelle d’Edgar Poe – j’ai la flemme d’aller chercher le recueil dans ma bibliothèque, croyez-moi sur parole (et maintenant que j’y pense, je ne suis même plus sûr que c’est d’Edgar Poe, c’est peut-être de G. K. Chesterton ?) – bref, il y a une nouvelle ébouriffante de je ne sais quel gus anglais ou américain dont l’argument est le suivant : des visiteurs (des journalistes ?) d’un asile psychiatrique se rendent progressivement compte, avec horreur, que les médecins et les infirmiers qui les ont accueillis (je crois même qu’ils offrent un dîner) se mettent à exhiber un comportement de plus en plus excentrique.

Certains se mettent à caqueter, d’autres se dénudent, etc. Holà ! que se passe-t‑il ?

Finalement, le pot aux roses est dévoilé : les fous se sont révoltés la veille, ils ont pris le contrôle de l’asile et les vrais médecins et infirmiers sont au fond de la cave, bâillonnés et ligotés.

Euh… Quel rapport avec le monde tel qu’il va ? me demandez-vous, ronchons. JA est un newsmagazine, pas une revue littéraire.

Le rapport, bande de ronchons, c’est un détail intéressant de la nouvelle : au début du banquet, les fous sont tout à fait crédibles comme professeurs de médecine, psychiatres, infirmiers parce qu’ils font de leur mieux pour singer les professionnels. Ce n’est qu’à la longue que leur vraie nature ressurgit.

Appliquons maintenant ce principe aux différents résultats électoraux qui nous ont choqués naguère ou qui nous pendent au nez en 2017. Trump président, le Philippin Duterte qui traite tout le monde de fils de p…, la Marine Le Pen premier magistrat de France, un quasi-nazi presque président chez Sissi, Boris Johnson provoquant stupidement un Brexit dont il ne voulait pas, Poutine qui rit sous cape : on est bien dans la nouvelle de Poe (ou de Chesterton ?). Les hommes politiques sérieux sont dans la cave, bâillonnés et ligotés, les fous sont au pouvoir dans le bureau ovale et ce qui en tient lieu dans d’autres palais présidentiels.

L’horreur ? Non, si on applique le canevas de la nouvelle de Poeterton. On peut être rassuré : au début, les fous singeront si bien les hommes politiques sérieux qu’on n’y verra que du feu. Trump se tiendra à carreau, la Marine sera une Thatcher gallique, Boris fera profil bas, Poutine jouera au tsar prudent. Le temps que le naturel revienne au galop, des élections seront passées par là et ils seront éjectés.

Vous me dites que mon allégorie Chesterpoétique est vraiment tirée par les cheveux. Sans votre courtoisie proverbiale, vous me crieriez : « C’est nul ! » Mea culpa… Mais dans ces temps de désarroi géostratégique, on se console comme on peut…

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