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Égypte : Mohamed Morsi, enfermé à vie

Manifestation de partisans de l’ancien chef de l’État à l’appel des Frères musulmans, le 25 janvier. © Hesham Elkhoshny/AP/SIPA

La justice a tranché : Mohamed Morsi échappe à l’échafaud. Mais, condamné par ailleurs à deux lourdes peines de prison, l’ex-président restera longtemps derrière les barreaux.

Élu président de la République arabe d’Égypte en 2012, le Frère musulman Mohamed Morsi avait été condamné à la pendaison trois ans plus tard. Accusé d’avoir fomenté des violences et organisé son évasion et celle de plusieurs codétenus islamistes avec l’aide du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais pendant le soulèvement de 2011, il avait été déclaré coupable le 16 mai 2015.

Un mois plus tard, le grand mufti approuvait la sentence, et la justice la confirmait. Ne lui restaient comme espoirs que l’appel, interjeté en août 2015, et la grâce du président Abdel Fattah al-Sissi. Les autorités oseraient-elles faire un martyr mobilisateur de la cause islamiste de celui qui était déjà pour ses partisans le symbole de la légitimité bafouée, s’est-on demandé pendant dix-huit mois ?

À l’ombre

Le 15 novembre, la Cour de cassation a finalement annulé le jugement et ordonné un nouveau procès devant une cour criminelle à l’issue duquel Mohamed Morsi ne pourra pas être à nouveau condamné à mort. L’ex-élu au Capitole échappe donc à la roche tarpéienne. Cinq coaccusés, dont l’ancien guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie, ont bénéficié de la même décision.

Mais l’ancien Président reste condamné à deux lourdes peines de prison. En juin 2015, il était condamné une première fois à la prison à vie pour espionnage au profit du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran et une peine similaire lui était infligée un an plus tard pour espionnage au profit du Qatar.

Nouveau soulagement de ses partisans ce 22 novembre, quand la Cour de Cassation a annulé la première de ces condamnations à la perpétuité. Mais Morsi avait aussi écopé en 2015 de vingt ans de réclusion incompressible pour incitation à la violence lors d’affrontements mortels entre partisans et opposants et l’appel avait cette fois été rejeté, le 22 octobre : le président déchu est déjà assuré de rester un certain temps derrière les barreaux.

Ouverture

Vainqueur, en juin 2012, avec une faible majorité lors de la première élection présidentielle démocratique tenue en Égypte, Mohamed Morsi avait cherché à imposer le programme du Parti Liberté et Justice, le bras politique des Frères musulmans, dressant contre lui les partis politiques, l’armée et des millions d’Égyptiens, qui avaient manifesté en masse en juin 2013.

Abdel Fattah al-Sissi, son ministre de la Défense d’alors, aujourd’hui maréchal et président, l’avait destitué, et le pouvoir militaire s’est alors lancé dans une répression sévère envers les Frères qui a fait des centaines de morts et jeté des milliers de leurs membres et partisans en prison. Si, promettant fin octobre d’étudier des mesures de libération, le président actuel a manifesté une certaine ouverture vis-à-vis des jeunes révolutionnaires, qui, également dans la ligne de mire à l’époque, avaient été nombreux à être arrêtés, l’apaisement des tensions avec les islamistes semble très lointain.

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