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Agriculture : le coton ouest-africain reprend du volume

Un paysan au milieu de sa récolte de coton. © Théo Renault pour Jeune Afrique

Pour la campagne 2016-2017, les projections sont au beau fixe. Au Burkina Faso, qui a renoncé aux OGM de Monsanto, les bonnes récoltes attendues s’expliquent avant tout par la météo.

Sur le papier, la récolte de coton qui vient de démarrer en Afrique de l’Ouest s’annonce exceptionnelle. Dans la région, les volumes devraient augmenter de 14 %, pour atteindre 1,1 million de tonnes de fibres, selon le Comité consultatif international du coton, dont les statistiques font référence dans le secteur. La progression est plus forte encore chez les deux principaux producteurs du continent, le Burkina Faso et le Mali, pour qui l’or blanc représente l’une des premières sources d’entrée de devises : ils s’attendent respectivement à un bond de 29 % et de 25 % de leurs volumes (314 000 t et 270 000 t de coton-fibre).

Mais cette hausse spectaculaire représente en fait un rattrapage après une année 2015-2016 catastrophique pour la région, où seuls la Guinée et le Niger n’ont pas vu leur production, bien plus modeste, chuter. « L’année dernière, il y a eu une très mauvaise pluviométrie, à des moments clés comme celui des semis, ce qui joue beaucoup sur les rendements », souligne l’analyste Juan Perez, de CDI Cotton, rappelant qu’à l’inverse les conditions climatiques ont été bonnes cette année.

Le coton profite aussi d’une conjoncture internationale favorable.

Le coton profite aussi d’une conjoncture internationale favorable. Ses cours devraient selon le Comité consultatif international du coton (Icac) rester relativement soutenus en 2017, à 0,73 dollar (0,67 euro) la livre, tandis que la faiblesse de l’euro face au dollar booste la compétitivité du coton africain, une matière première cotée à New York.

Pour preuve : « Cet été, 50 % de la production ouest-africaine s’est vendue à terme entre le 15 mai et la fin du mois de juillet. Normalement, on tourne autour de 30 % pour cette période », indique l’analyste. Enfin, le volontarisme des États joue un rôle sur la progression des surfaces et sur l’accès aux intrants – le Mali talonne le Burkina dans la course à la première place. Troisième producteur régional, la Côte d’Ivoire, qui a réformé le secteur en 2014, devrait malgré tout connaître une deuxième année consécutive de chute.

Au Burkina Faso, ce rebond de l’or blanc ne manque pas de susciter l’enthousiasme en cette première année de rupture totale avec les OGM de l’américain Monsanto (introduit à grande échelle en 2008, le coton Bt promettait un rendement supérieur d’au moins 30 % à celui des semences conventionnelles locales – une augmentation qui n’a finalement été que de 13 %).

La météo est la principale explication des bons chiffres burkinabè

Mais, comme dans le reste de la région, la météo est la principale explication des bons chiffres burkinabè pour la campagne qui commence, tempèrent les analystes interrogés. « Le retour au conventionnel n’aura pas d’effet positif sur les volumes : le coton OGM donne quand même de meilleurs rendements », précise Gérald Estur, consultant spécialisé dans le coton et contributeur du rapport Cyclope sur les marchés mondiaux. Ce n’est d’ailleurs pas sur la quantité mais sur la qualité – et donc le prix – de son coton que le Burkina Faso espère gagner.

Autrefois réputée dans le monde entier, la longueur de sa fibre de coton, élément central du prix de vente, avait fortement diminué avec les OGM, la part des « soies longues », les mieux payées, étant passée de 93 % à 21 % depuis 2008. Un phénomène qui a coûté entre 30 et 50 F CFA (entre 4,5 et 8 centimes d’euro) de décote par kilo au coton burkinabè. « Les producteurs vont pouvoir vendre à un meilleur prix cette saison.

Cela compensera le coût des pesticides supplémentaires, car les OGM exigeaient moins de traitements », expliquait récemment à l’agence Bloomberg Karim Traoré, président de l’Union nationale des producteurs de coton. Mais le retour en grâce du coton burkinabè prendra du temps, préviennent nos analystes, qui tablent sur deux années au minimum. Marion Douet

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