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Maroc : le business, bras armé de la diplomatie chérifienne

Le roi du Maroc Mohammed VI inaugure des chantiers de constructions dans la commune de Yopougon en compagnie du premier ministre Daniel Kablan Duncan, le 26 Février 2014. © Émilie RÉGNIER pour Jeune Afrique

Afin de percer au sud du Sahara, le royaume a balisé le terrain pour les investisseurs privés tout en lançant des entreprises publiques à l’assaut du continent. Une tactique payante.

Ce 8 novembre, Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), a juste le temps de terminer une conférence à Marrakech, dans le cadre de la COP22, avant de sauter dans son jet pour s’envoler vers Dakar. Le roi est en visite officielle au Sénégal depuis deux jours déjà. La patronne des patrons doit assister à une réunion du Groupe d’impulsion économique Maroc-Sénégal, en préparation à la cérémonie officielle coprésidée par les deux chefs d’État dès le lendemain. Car lorsque Mohammed VI se déplace, une kyrielle d’hommes d’affaires marocains sont du voyage pour signer à tour de bras des conventions.

Le partenaire rwandais

Lors de la dernière tournée africaine, pas moins de 47 accords ont été ratifiés par les responsables du royaume et leurs homologues des trois pays impliqués. Une bonne partie de ces conventions sont d’ordre économique et concernent des projets concrets. Au Rwanda, par exemple, le groupe Cooper Pharma a signé un mémorandum d’entente pour la construction d’une usine de 10 000 m2 qui devrait être opérationnelle en 2019.

Et le groupe de promotion immobilière Palmeraie Développement s’est engagé pour la construction de 5 000 logements sociaux à Kigali – un investissement dépassant les 57 milliards de francs rwandais (plus de 62 millions d’euros). « Ce projet s’inscrit dans le cadre de notre expansion en Afrique et se veut un exemple de partenariat entre les deux pays », a alors déclaré Hicham Berrada Sounni, son président.

Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa Bank, le plus important établissement bancaire privé du royaume, n’est pas rentré les mains vides non plus : il s’est offert une participation dans la Cogebanque, un organisme de crédit gérant 178 milliards de francs rwandais d’actifs. Idem pour son confrère Mohamed Benchaaboun, le patron du groupe BCP, qui a annoncé la création d’une structure de microfinance et d’un fonds d’investissement pour soutenir les entreprises marocaines désirant s’implanter au Rwanda.

Des entreprises dans le sud du continent

Avec BMCE Bank of Africa, ces deux banques constituent le fer de lance des investissements privés marocains au sud du Sahara. À travers leurs filiales, elles sont implantées dans presque toute l’Afrique de l’Ouest et s’attaquent désormais à la côte est du continent. Pour les hommes d’affaires marocains qui se lancent au sud du Sahara, c’est une aubaine : « La présence des établissements marocains est rassurante et facilite les affaires. »

Non seulement les pouvoirs publics gardent un œil sur la finance pour encourager le secteur privé à investir en Afrique, mais ils balisent aussi le terrain pour limiter les risques. « Dans tous les pays où les entreprises marocaines sont implantées, nous avons mis en place une protection réciproque des investissements et des conventions fiscales permettant d’éviter la double imposition », nous confie une source du ministère des Finances.

L’approche du royaume repose énormément sur le secteur public.

Par ailleurs, l’approche du royaume repose énormément sur le secteur public. Cela a commencé dès le début des années 2000 avec des entreprises comme la Comanav (rachetée depuis par CMA CGM) ou Royal Air Maroc, avec une implantation au Sénégal. Et même les déboires qu’ont connus ces deux structures n’ont pas découragé le royaume, qui a gardé toute sa dynamique africaine. Ces dernières années, d’autres grandes entreprises publiques ont pris le relais : OCP multiplie les accords, Masen également, en vue d’une future installation hors des frontières nationales, et de nouveaux groupes, tel SNTL, émergent.

De nombreuses expériences marocaines sont également transposées sur le continent. On peut citer entre autres le plan Maroc vert pour l’agriculture, décliné dans plusieurs pays, ou des projets de valorisation comme Marchica Med, qui reproduit son expérience de dépollution de la baie de Nador dans la baie de Cocody, en Côte d’Ivoire. Le royaume est devenu le premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire, avec plus de 1 milliard d’euros injectés en 2015. Une place de choix que Rabat tient à défendre et à conquérir dans d’autres marchés africains.

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