Fermer

Iran : qui sera le successeur de l’ayatollah Ali Khamenei ?

L'ayatollah Ali Khamenei à Téhéran, le 23 novembre 2016. © Uncredited/AP/SIPA

Clairement ouverte, la bataille pour la succession du Guide suprême est le nouveau terrain d’affrontement entre réformateurs et ultraconservateurs. Enjeu : l’orientation future du régime.

Qui sera le prochain Guide suprême ? En l’absence de dispositions institutionnelles précises, les manœuvres font rage à Téhéran autour de la succession de l’ayatollah Ali Khamenei, 77 ans, qui occupe les plus hautes fonctions de la République islamique depuis 1989. Le sujet n’est pas du tout tabou, bien que l’intéressé soit toujours actif, continuant à prononcer des discours et à assister à des défilés militaires.

Nombreux sont ceux qui considèrent que l’accord sur le nucléaire signé avec les États-Unis et les autres puissances occidentales en échange de la levée des sanctions pourrait déterminer les contours de l’Iran post-Khamenei et l’identité de son successeur. Alors que les réformateurs veulent capitaliser sur les progrès accomplis, selon eux, par le président centriste Hassan Rohani, élu en 2013, pour faire élire un candidat modéré, les ultraconservateurs sont déterminés à tout faire pour les en empêcher.

Un grand nombre d’autres centres de pouvoir, des Gardiens de la révolution aux clergés des villes saintes de Qom et de Mashhad, auront également leur mot à dire. D’aucuns déclarent même en privé que la désignation d’un dignitaire religieux à la tête de l’État, conformément à la velayat-e faqih (gouvernement du jurisconsulte), un principe adopté après la révolution de 1979, n’est peut-être plus nécessaire. Ce qui pose la question de l’avenir de l’État théocratique.

Une question délicate

Selon un membre du camp réformateur, « l’accord sur le nucléaire a bouleversé l’establishment politique et rendu la question de la succession particulièrement sensible ». Car aucune évolution majeure ne peut se faire sans l’aval du Guide suprême. De l’économie au planning familial en passant par l’éducation, tous les aspects de la vie dans la République islamique relèvent de son autorité. Il n’y aurait jamais eu d’accord sur le nucléaire sans le consentement de Khamenei, lequel demeure cependant très circonspect quant aux intentions des États-Unis.

Selon son entourage, il serait hostile à la désignation d’un successeur qui laisserait l’Amérique – toujours considérée comme l’ennemi par excellence – renforcer son influence dans le pays et saper les fondements de la République islamique, surtout depuis l’élection de Donald Trump, lequel a adopté une ligne particulièrement hostile à Téhéran pour le plus grand bonheur des ultraconservateurs, qui aiment à se présenter comme des faucons antiaméricains, même si, à Téhéran, la victoire surprise du candidat républicain a été accueillie avec sérénité.

L’ayatollah Khamenei n’est pas homme à pleurer en public. Aussi l’opinion a-t‑elle été particulièrement choquée lorsque la télévision d’État l’a montré en larmes lors d’une réunion de l’Assemblée des experts – l’instance chargée de désigner son successeur le moment venu –, en mars, au moment où il déclarait que « l’ingérence américaine dans le système politique iranien est un complot grave, car il conduit les responsables du pays à prendre des décisions allant dans le sens de ce que veut Washington et incite le peuple à ne plus croire en l’islam politique ».

Ce discours et d’autres allocutions du Guide suprême ont été interprétés comme le signe que la question de la succession lui pesait tout particulièrement depuis la conclusion de l’accord sur le nucléaire avec les puissances occidentales, car celui-ci pouvait avoir des conséquences sur les options politiques et économiques futures de la République islamique et sur le choix de son successeur.

Accomplir la volonté divine

Le Guide suprême a pour « mission » de défendre les opprimés du monde musulman contre leurs oppresseurs, au premier rang desquels les États-Unis et Israël. Ce rôle a été central durant le règne de Khamenei, qui a vu l’Iran renforcer considérablement son influence régionale. Mais certains s’interrogent sur la nécessité d’un tel statut. Des réformateurs estiment ainsi que c’est le vote populaire qui doit primer et que les structures politiques du pays – dominées par le Guide suprême – accusent un grand retard d’un point de vue démocratique.

Ils réclament le droit de choisir des candidats lors d’élections nationales, la possibilité d’engager des poursuites contre les hommes d’affaires corrompus liés au régime et la levée de certaines contraintes, comme l’obligation du port du tchador. Pour les ultraconservateurs, en revanche, le vote ne fait que refléter l’opinion de la population, et le Guide suprême – censé représenter le choix de Dieu – n’est pas tenu de la suivre.

Certes, le numéro un iranien permet aux réformateurs et aux ultraconservateurs de coexister. Certains disent même qu’il les monte les uns contre les autres. Mais des réformateurs reconnaissent que ses discours démontrent qu’il est déterminé à empêcher leur camp de peser dans la succession. Cela n’a pas dissuadé des figures du mouvement réformateur – emmené par les anciens présidents Hachemi Rafsandjani, un centriste, et Mohamed Khatami –, pourtant sous la pression des ultraconservateurs, de s’évertuer à jouer un rôle politique, comme si de rien n’était.

Khamenei ne cache pas son hostilité aux réformes amorcées par le président Rohani et ses alliés. Ce dernier, craignant de voir son mandat écourté, a lâché du lest, se séparant par exemple de son controversé ministre de la Culture, Ali Jannati, devenu la cible des conservateurs. Une décision qui traduit sa volonté d’apaiser les tensions politiques avec Khamenei.

« Si on laisse se creuser le gouffre entre le président, qui gère les affaires courantes du pays, et le Guide suprême, qui en est l’autorité idéologique, alors le système est menacé », explique un ancien haut responsable réformateur. Un risque qu’aucun homme politique iranien, fût-il le plus audacieux des réformateurs, n’est prêt à prendre, défense de la République islamique oblige.

Jeune Afrique

Un fauteuil pour cinq © Jeune Afrique

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici