Fermer

Tourisme : l’appel du désert djiboutien

Un confort sommaire au milieu d’une nature préservée. © Olivier Caslin pour JA

Encore peu nombreux à visiter le pays, les étrangers s’aventurent rarement au-delà de la capitale et des côtes de la mer Rouge. Le nouveau pari du secteur ? Les attirer dans les terres.

À une trentaine de kilomètres de Tadjourah, le long du golfe du même nom qui sépare le nord de Djibouti de sa capitale, Houmed Ali Houmed a monté son campement. Au milieu des oueds desséchés qui n’ont pas connu la pluie depuis une éternité, difficile de parler de tourisme vert. Et pourtant, c’est le pari qu’a décidé de faire ce Djiboutien de 40 ans, avec l’objectif d’ouvrir l’intérieur de son pays au tourisme international pour créer un peu d’emploi local et faciliter le développement économique de cette région reculée.

« Si cela pouvait déjà pousser le gouvernement à finir de goudronner la route nationale, comme il l’a promis il y a cinq ans », soupire Houmed, assis à l’ombre du grand acacia dominant la petite case qui lui sert de bureau d’accueil. Cela fait bientôt vingt ans qu’il a construit les premières de ses quatorze paillotes sur un terrain familial, à flanc de coteau. Installées sur de petites terrasses bien ombragées, elles offrent toutes une vue imprenable sur les sommets arides qui bouchent l’horizon. En contrebas devait couler une rivière.

Seules affleurent encore quelques flaques d’eau, prises d’assaut par les troupeaux de chèvres en provenance du village perché sur le versant d’en face. Le long de son lit pierreux poussent des palmiers géants et quelques-uns de ces fameux manguiers de Bankoualé, au feuillage abondant, grâce aux sources souterraines qui permettent aux rares habitants de la région de faire un peu de maraîchage pour satisfaire tout juste leurs besoins et alimenter, à l’occasion, les hôtes de Houmed.

Ils sont une dizaine actuellement, venus de France pour réaliser un périple de quelques jours entre le lac Assal et la ville d’Obock. Arrivés au campement la veille, ils sont partis depuis le matin en expédition de l’autre côté de la montagne pour visiter la forêt du Day et ses genévriers rabougris. Les plus courageux rentreront à pied, en se protégeant comme ils pourront du soleil de plomb, qui permet au campement de disposer de l’énergie nécessaire pour assurer le gîte et le couvert.

Le confort est sommaire mais l’essentiel y est, notamment la moustiquaire, grâce à laquelle on peut s’endormir en écoutant les chants d’oiseaux qui percent dans la nuit noire. Les repas se prennent en commun sous la grande case construite au milieu d’arbres et de fleurs odorantes, avec une large baie ouverte sur le panorama alentour. Éblouissement garanti.

« Tourisme vert »

Mais les touristes sont encore peu nombreux : à peine 200 chaque année à venir humer ce parfum de bout du monde. Essentiellement en provenance de France, mais aussi d’Italie, car Houmed propose également, depuis 2010, quelques escapades en Éthiopie, de l’autre côté de la frontière toute proche. Depuis que le campement est référencé par plusieurs tour-opérateurs européens, les touristes remplacent avantageusement les expatriés, moins nombreux aujourd’hui à résider à Djibouti que dans un passé encore récent.

Pour l’instant, Houmed ne vit pas de cette activité. Il espère qu’un jour, peut-être, les Chinois viendront à leur tour découvrir les beautés sauvages du pays afar. À condition bien sûr de leur faire savoir que de tels campements existent. Les touristes commencent seulement à quitter la capitale et le littoral pour explorer l’intérieur du pays. Il est donc temps de diversifier une offre jusqu’à présent essentiellement axée sur le potentiel exceptionnel – bien qu’également encore trop peu valorisé – des fonds multicolores de la mer Rouge. L’Office national du tourisme se lance aujourd’hui dans la promotion de ce nouveau tourisme vert. Avec l’espoir de doper les chiffres de fréquentation.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici