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Donald Trump : sa différence sur le Maghreb ? L’indifférence !

Donald Trump, son ex-épouse Marla Maples et le roi Hassan II à New York, le 28 janvier 1992. © Ron Galella, Ltd./WireImage/GETTY

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Donald Trump ne se passionne pas pour les pays nord-africains. Mais Alger voit son arrivée d’un meilleur d’œil que Rabat et Tunis.

Drôle de soirée

Le 8 novembre, l’ambassade des États-Unis à Alger avait invité quelque deux cents personnes (responsables politiques, hommes d’affaires, journalistes, diplomates occidentaux…) à suivre dans ses locaux la soirée électorale. Entre deux gorgées de vin local et deux parts de pizza, tous ont joué à élire le président des États-Unis. Résultat : 150 voix pour Hillary Clinton et seulement 17 pour Donald Trump.

Mais au fur et à mesure que les vrais résultats tombaient, stupeur et abattement se lisaient sur les visages. « Les diplomates américains étaient sous le choc, raconte l’un des participants. L’ambassadrice a même quitté les lieux à l’annonce des résultats des principaux États. »

Au-delà de l’anecdote, l’élection de Trump ne devrait pas bouleverser les relations bilatérales, qui reposent sur le triptyque sécurité-géostratégie-business. Depuis le 11 Septembre, l’Algérie passe aux yeux de Washington pour un solide allié dans la lutte antiterroriste, pour un pôle de stabilité dans la région et pour un important partenaire économique, notamment dans le secteur des hydrocarbures.

Ses déclarations islamophobes ont beau avoir choqué, Trump n’a pas mauvaise presse à Alger, où il n’a jamais mis les pieds. « Il est aux antipodes de Hillary Clinton, qui était pro-Maroc, pro-Israël et avait soutenu la guerre en Libye et en Syrie », croit pouvoir résumer un diplomate algérien.

Clichés et barbelés

Le cliché, qui date de 1992, avait fait le tour du web dès l’annonce de la candidature de Donald Trump. Le roi Hassan II, alors en voyage aux États-Unis, posait aux côtés de l’homme d’affaires new-yorkais, qui, à l’époque, était à mille lieues de la politique. Trois ans plus tôt, ce dernier avait passé un week-end à Tanger pour fêter l’anniversaire de son ami Malcolm Forbes, lui aussi milliardaire.

L’histoire de Trump avec le royaume aurait pu se limiter à ces deux anecdotes insignifiantes, mais le candidat républicain en a décidé autrement. Dans l’un de ses clips de campagne, il a utilisé des images de Marocains agglutinés devant les barbelés de l’enclave de Melilla pour illustrer la sévérité de la politique migratoire qu’il entend appliquer aux Mexicains.

Le Maroc est aussi revenu dans un discours peu flatteur qu’il a prononcé à Portland en août : il y est question de l’arrestation d’un étudiant d’origine marocaine soupçonné de vouloir commettre un attentat. Le pays avait été choqué, au point qu’une assistante de Trump avait dû rectifier le tir. On l’aura compris, le futur locataire de la Maison Blanche n’est pas vraiment un « fan » du Maroc. Et la classe politique marocaine, dans son ensemble, le lui rend bien.

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En juillet, Hamid Chabat, secrétaire général du parti Istiqlal, avait ainsi essuyé une pluie de critiques pour avoir assisté à la convention républicaine, où il était invité. Mais, dès le 9 novembre, la diplomatie a repris ses droits : le roi Mohammed VI a adressé un message de félicitations au nouveau président, dont il a salué la grande expérience professionnelle et avec qui il dit espérer œuvrer contre toutes les formes d’extrémisme.

Retour au logiciel Ben Ali

Autant l’élection de Hillary Clinton aurait assuré à la Tunisie de figurer en bonne place dans les préoccupations de l’administration américaine, autant celle de Donald Trump ouvre une ère d’incertitudes, voire d’inquiétude. Le futur président ne fait pas mystère de sa préférence pour les régimes forts et a exprimé de très fortes réserves au sujet des Printemps arabes, qui ont presque chaque fois porté les Frères musulmans au pouvoir.

« L’exemplarité révolutionnaire » de la Tunisie est un élément de langage qu’il faudra rapidement remiser dans les cartons. L’argument d’une « cohabitation inédite » entre modernistes de Nidaa et islamistes d’Ennahdha risque également de laisser de marbre le locataire de la Maison Blanche. Lequel n’est pas du tout sur la ligne du sénateur républicain John McCain, son ennemi juré et l’un des élus du Grand Old Party les mieux disposés à l’égard d’Ennahdha.

Pour sauvegarder les 140 millions de dollars (près de 127 millions d’euros) d’aide promis pour 2017 (dont une moitié environ pour la composante militaire), les autorités tunisiennes devront mettre en avant la stabilité politique du pays et l’efficacité de sa lutte contre le terrorisme.

En somme, revenir au logiciel Ben Ali ! Si Trump ne s’est jamais exprimé publiquement sur la Tunisie, son conseiller pour les affaires arabes, Walid Phares, a laissé entendre que le partenariat avec Le Caire et Tunis, deux capitales amies, ne pâtirait pas de la redistribution des cartes mondiales qui se profile.

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