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Tendance : le futur est déjà là

Par - envoyé spécial à Abidjan

Illustration © JA

Le marché des objets connectés pourrait représenter 500 milliards de dollars en 2025 sur le continent. Pour les opérateurs de télécoms, la compétition a commencé.

Connecter les objets : pour la plupart des gens, l’idée paraît futuriste. Elle est pourtant déjà solidement ancrée dans le présent. Selon de nombreux experts en télécommunications, il s’agit même de la révolution technologique la plus importante de ces cinq dernières années. Un objet connecté, c’est quoi ? Un matériel électronique capable de communiquer avec un smartphone, une tablette tactile ou un ordinateur.

Il peut emmagasiner des informations (température, déplacements…) grâce à des capteurs, traiter ces données, puis les envoyer via une liaison sans fil, Bluetooth ou wifi ; il peut aussi être piloté à distance. Santé, sport, sécurité, économies d’énergie… Loin d’être de simples gadgets, ces technologies ouvrent un vaste champ d’application. Dans un rapport de 2015, Deloitte cite parmi les principaux bénéficiaires les secteurs minier, pétrolier, agricole, médical, des transports, des télécoms ou de l’industrie.

Un marché en pleine explosion

Et le continent n’est pas en reste. « Les objets connectés représentent un énorme potentiel pour les entreprises africaines », estime Habib Bamba, directeur conseil de Deloitte Côte d’Ivoire, croisé en marge du salon Africa Telecom People, organisé en octobre à Abidjan. Selon une étude de Cisco, le marché de l’internet des objets en Afrique devrait atteindre environ 500 milliards de dollars (plus de 450 milliards d’euros) d’ici à 2025 ; et les connexions « machine to machine » (M2M), croître de 25 % en 2020 au sud du Sahara.

Les opérateurs de télécoms entendent profiter de cette tendance. En juillet, Vodacom a ainsi pris le contrôle de 100 % du capital de la société sud-africaine XLink, pionnière, il y a dix ans, de la gestion des transferts d’argent sur les réseaux 2G+ (GPRS). Ces dernières années, XLink a diversifié son activité, en créant par exemple des compteurs « intelligents », qui permettent à l’utilisateur de suivre et de gérer à distance sa consommation d’eau et d’électricité. Elle offre actuellement ses services à près de 70 000 entreprises africaines, et son chiffre d’affaires dépassait en 2014 les 150 millions de rands (près de 11 millions d’euros).

Les défis à relever

Il reste néanmoins énormément d’obstacles à surmonter avant que les objets connectés fassent partie du quotidien des Africains, notamment dans les pays francophones. Il faut d’abord impliquer les pouvoirs publics, tant dans l’accompagnement des structures que dans l’établissement d’un cadre législatif. Puis créer les outils nécessaires au traitement des données, à l’image du data center inauguré cette année par Orange à Abidjan.

« Leur installation permet de stocker, de sauvegarder, de traiter et de transmettre rapidement de vastes quantités de données informatiques au niveau local, mais également d’offrir une meilleure connexion aux réseaux internet et intranet… et de garantir l’utilité des objets connectés », expliquait récemment Ange Kacou Diagou, le directeur général de NSIA Technologies, dans une tribune publiée dans Jeune Afrique.

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La filiale du groupe ivoirien de bancassurance a d’ailleurs signé début octobre un accord de partenariat avec Nutanix, le leader mondial de « l’hyper­convergence », un type d’architecture informatique qui permet de stocker et de traiter des données dématérialisées.

La sécurisation des données est un autre enjeu majeur : qui dit objet connecté dit échange d’informations, et donc risque d’interception ou de détournement. Le sujet est récemment revenu sur le devant de la scène après une puissante cyberattaque qui a paralysé une partie du web, principalement aux États-Unis. Une partie des connexions qui ont fait tomber certains des plus importants sites du monde provenait d’un réseau d’objets connectés piratés.

Le développement de l’internet des objets sur le continent est « un grand chantier, conclut Habib Bamba. Mais c’est devenu une réalité. Les Africains sont d’ores et déjà concernés ».

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