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Afrique du Sud : accusé Zuma, levez-vous !

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Jacob Zuma, le président sud-africain à Harare le 3 novembre 2016. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Une fois de plus, le président sud-africain, Jacob Zuma, est dans la tourmente. Le dernier scandale en date vient du rapport publié par Thuli Madonsela, la médiatrice de la République dont le mandat a pris fin en octobre.

Dans ce pavé de 355 pages, intitulé La Prise de contrôle de l’État, la médiatrice insiste sur les relations suspectes entre Jacob Zuma et les Gupta, une puissante famille d’hommes d’affaires d’origine indienne qui auraient joué un rôle dans la vie politique du pays. Ils auraient, notamment, fait nommer au gouvernement des personnalités qui leur sont proches.

Tel est le cas de David van Rooyen, nommé ministre des Finances le 9 décembre 2015 avant d’être révoqué quatre jours plus tard à la suite d’une vague de protestations à travers le pays. Plus déroutant, l’actuel vice-ministre des Finances, Mcebisi Jonas, ne s’était pas empêché de déclarer publiquement que la famille Gupta lui avait proposé de prendre le portefeuille du Trésor.

Quant au ministre du Portefeuille, Mosebenzi Zwane, il avait participé, à l’époque où il était aux Mines, à une réunion en Suisse entre la société Tegeta Exploration and Resources, qui appartient aux Gupta, et le groupe Glencore. Au menu : le rachat d’une mine de charbon par les Gupta. À signaler aussi le fait que deux enfants de Jacob Zuma et l’une de ses femmes travaillent dans des entreprises de la famille Gupta. Pour Thuli Madonsela, il s’agit de « crimes de corruption ».

D’autres scandales

Le président sud-africain n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice. Souvenez-vous de cette affaire de deniers publics qu’il avait utilisés pour réaliser des travaux dans sa résidence privée. Il a dû s’incliner et rembourser au Trésor public quelque 480 000 euros. Pour l’affaire en cours, dont l’enquête doit démarrer dans le courant du mois, Jacob Zuma a tenté d’empêcher la publication du rapport en déposant un recours devant la Haute Cour de justice de Tshwane. Recours rejeté.

En Afrique du Sud, président de la République ou pas, chacun doit rendre compte de ses actes

Pris à son propre piège, Zuma ne cesse de clamer son innocence et d’affirmer, en même temps, qu’il n’a pas peur d’aller en prison. Si des poursuites sont engagées contre lui, il devra expliquer, notamment, pourquoi le jet privé des Gupta a été autorisé à atterrir sur une piste réservée aux hôtes de marque du pays, en particulier les chefs d’État.

Intouchables

De cette affaire, je tire, pour ma part, beaucoup d’enseignements. Notamment, le fait que, en Afrique du Sud, les institutions fonctionnent de façon normale et indépendante. Que la peur du chef n’existe pas. Président de la République ou pas, chacun doit rendre compte de ses actes. Tel n’est pas le cas dans quasiment tous nos pays. Ceux qui peuvent engager des poursuites contre un Président en exercice dans le cadre de leurs fonctions ne sont pas encore nés.

Si vous en connaissez quelques-uns, j’aimerais bien leur serrer la main. En réalité, le président de la République est considéré comme une divinité. Ceux qui sont aux affaires, conscients d’être ses créatures, se transforment en vermisseaux et ferment les yeux sur ses turpitudes. Zuma ira-t-il en prison, démissionnera-t-il, sera-t-il absous ? Las, je ne suis pas devin ! Mais je préconise la rigueur de la loi.

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