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Saad Lamjarred : gloire et décadence d’une pop star marocaine

Adulé dans le monde arabe (ici au Festival international de Carthage, en juillet), Saad Lamjarred est notamment connu pour ses tubes Lmaallem et Enty. © FETHI BELAID/AFP

Soupçonné de viol, le chanteur a été incarcéré en région parisienne. Malgré l’intervention de Mohammed VI, l’affaire semble bien mal engagée pour la pop star marocaine…

Au Maroc, on le surnomme Lmaallem (« L’as »), en référence à son tube de 2015 – le clip a été vu plus de 400 millions de fois sur YouTube. Mais, depuis quelques semaines, Saad Lamjarred a perdu de son aura. Soupçonné de viol en France, le chanteur est au cœur d’une affaire judiciaire qui risque de porter un sacré coup à sa carrière.

De nouveau impliqué dans une affaire de viol

Le 26 octobre, alors qu’il s’apprête à donner un concert au Palais des congrès de Paris, il est interpellé à son hôtel des Champs-Élysées et mis en garde à vue. Une jeune Française de 20 ans dit avoir réussi à s’échapper de sa chambre et s’est réfugiée à la réception de l’hôtel, qui a prévenu la police. Elle accuse la pop star de viol et de séquestration.

À la cour d’appel de Paris, le récit de la plaignante est jugé « crédible », et le chanteur est placé en détention provisoire à Fleury-Mérogis, en région parisienne. Un fâcheux antécédent a joué en sa défaveur. En 2010, Saad Lamjarred avait été poursuivi devant un tribunal de New York pour agression sexuelle sur une jeune Américaine. Libéré sous caution, il en avait profité pour rentrer au Maroc. Sur le sol américain, il encourt vingt-cinq ans de prison.

Thèse du complot

Ses admirateurs, tant au Maroc qu’au Moyen-Orient, sont indignés. « Ce n’est pas un DSK ! », « Cette “pseudo-­victime” a été avec lui en boîte de nuit et a accepté de le suivre dans sa chambre ! », « Pourquoi cet acharnement de la justice française ? Rendez-nous Saad ! » peut-on lire sur le web.

Sous l’emprise de l’émotion, un brin misogynes, les fans de la star arabe préfèrent croire à la thèse d’un « complot dressé par ses adversaires du monde du show-biz ». « Saad est une fierté nationale. C’est le premier artiste marocain à porter notre dialecte dans le monde entier. Il a du talent, il est humain, très proche de ses fans et très impliqué dans le milieu associatif », justifie un connaisseur de la scène artistique marocaine.

Succes story

Né en 1985 à Rabat, Saad Lamjarred est le fils de deux artistes connus au Maroc, le chanteur Bachir Abdou et l’actrice Nezha Regragui. En 2007, sa participation à l’émission libanaise SuperStar le rend célèbre dans le monde arabe – il échoue en finale. Quatre ans plus tard, il s’impose avec ses chansons pop au son très moyen-oriental et son look à la Justin Timberlake.

De Tanger à Koweït City, on se déhanche sur son tube Enty (« Toi »). À 150 000 dollars (environ 135 000 euros) le spectacle, ses cachets n’ont rien à envier à ceux des stars arabes les plus en vogue, comme Nancy Ajram ou Haifa Wehbe.

Soutien royal

Le 31 octobre, Mohammed VI vole au secours du « roi des cœurs », qu’il a décoré d’un Wissam en août 2015, en mettant à sa disposition un ténor du barreau parisien, Éric Dupond-Moretti. Il y met les formes pour ne pas faire croire à une nouvelle crise maroco-française. La sollicitude royale se fait « dans le cadre de la présomption d’innocence et en total respect de l’indépendance de la justice française », précise l’agence de presse officielle MAP.

Maître Dupond-Moretti assure déjà la défense du Palais royal contre Éric Laurent et Catherine Graciet, les deux journalistes français poursuivis pour chantage sur le roi. Mais l’affaire de son nouveau client s’annonce plus compliquée. Le 7 novembre, la cour d’appel de Paris refuse de libérer Saad Lamjarred. Sa défense n’a d’autre choix que d’aller en cassation.

« Mais il lui faut un solide argument juridique, prouvant que la chambre d’instruction de la cour d’appel, qui a maintenu cette décision de détention, a mal appliqué la loi », signale une source judiciaire française. Les ennuis ne sont pas finis pour « l’as » de la chanson arabe…

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