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Liban : Michel Aoun parviendra-t-il à faire sortir son pays de la crise ?

Une Libanaise brandissant le portrait du nouveau chef de l’État, le 31 octobre,à Beyrouth. © AFP

Après plus de deux ans de blocage et à la faveur de tractations délicates et complexes, le pays du Cèdre a enfin un président de la République : l’inoxydable général chrétien Michel Aoun.

Son heure est enfin arrivée. Le 31 octobre, Michel Aoun, général chrétien à la retraite, a été élu président de la République libanaise par le Parlement après plus de deux ans de blocage. Héros pour ses partisans – nombreux et fervents –, mégalo pour ses détracteurs – nombreux et acerbes –, il s’était déjà rêvé tant de fois un destin national.

En septembre 1988, il avait gravi les marches du palais présidentiel pour n’hériter que du poste de Premier ministre dans un Liban livré au chaos de la guerre civile. S’était-il par la suite vu en de Gaulle d’un Liban libéré des milices et des armées syrienne et israélienne ? Las, il devra fuir, un matin d’août 1991, dans un Zodiac de l’armée française son pays occupé mais enfin apaisé.

Une alliance avec le Hezbollah

S’étaient ensuivies quatorze années d’exil en France jusqu’à ce qu’en 2005 l’évacuation de son pays par l’armée syrienne lui permette d’y effectuer un retour triomphal. Mais la réalité féodale et clientéliste de la scène politique locale s’est vite rappelée au rapatrié quand ce militaire de carrière, devenu chef du Courant patriotique libre (CPL), n’a pu s’entendre avec ses alliés antisyriens au pouvoir.

Il avait alors choisi de passer à l’opposition et d’attendre son heure, s’associant, en 2006, avec son principal parti, le Hezbollah, mouvement politique, militaire et religieux chiite soutenu par Assad. Une alliance contre nature pour celui qui avait déclenché une sanglante « guerre de libération » contre les Syriens en 1989, exigé manu militari le désarmement des milices et plaidé sans cesse pour la déconfessionnalisation du système politique.

Mais un fin calcul qui lui permet, à 81 ans passés, de s’installer pour six ans dans un palais de Baabda pulvérisé, le 13 octobre 1990, par les bombes de l’armée syrienne, qui voulait en déloger le résistant d’alors.

Repoussée pendant 45 séances depuis la fin du mandat du général Michel Sleiman, le 25 mai 2014, la partie qui s’est jouée ce 31 octobre n’a pu être remportée qu’à la faveur de tractations délicates, complexes et parfois contradictoires, dans le droit fil des traditions politiques locales. Longtemps opposé à sa candidature, le bloc parlementaire du « 14-Mars », emmené par le Courant du futur, de l’ex-Premier ministre Saad Hariri, n’est pas parvenu à proposer un candidat consensuel et, s’il tient la majorité au Parlement, n’a jamais pu réunir le quorum nécessaire à l’élection, ses opposants du « 8-Mars » – Hezbollah en tête – disposant d’une minorité de blocage.

Au sein même du 8-Mars, les plus prosyriens préféraient au général Aoun le chef de la brigade Marada, Sleiman Frangié, d’une famille de notables très liée aux Assad. Au-delà des frontières, l’animosité entre l’Iran, proche du 8-Mars, et l’Arabie saoudite, favorable au 14-Mars, a encore compliqué l’opération.

Les problèmes de fond pourraient rester en suspens

Le politologue libanais Ziad Majed, professeur à l’université américaine de Paris, décrypte comment s’est dénoué le nœud gordien : « Très occupés au Yémen et au niveau intérieur, les Saoudiens ne sont plus en position d’émettre un veto, et des contacts occidentaux avec l’Iran ont pu permettre de débloquer la situation de ce côté-là en négociant l’accession de Hariri à la primature contre celle d’Aoun à la présidence. Hariri, qui sent pour sa part une fragmentation croissante du pôle sunnite et a besoin du siège de Premier ministre pour en tenir à nouveau la direction, a fini par se ranger derrière le rival Aoun, qui n’attendait que cela. Et le régime syrien, qui aurait préféré Frangié en président et mettait son veto sur Hariri, s’est vu dépasser par l’aval des Iraniens, auxquels il n’est pas en mesure de tenir tête. »

Ce déblocage de la situation politique permettra-t‑il de résoudre la crise sociale et sécuritaire que traverse le pays ? Majed est pessimiste : « Sans doute vont-ils s’atteler à résoudre les problèmes de collecte des ordures et de l’électricité qui empoisonnent la vie quotidienne des Libanais depuis des mois, mais le système reste le même, et Aoun en fait maintenant bien partie : les problèmes existentiels du Liban – l’état de l’économie, la nature du système politique, la question des réfugiés syriens, celle des armes du Hezbollah – vont rester sans solution. »

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